NOTRE AVENTURE DE L’ÉCOLE À LA MAISON !

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Notre aventure de l'école à la maison {I did it!} - Antigone21.com

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Aujourd’hui, je suis très contente de partager avec vous un nouveau témoignage, dans le cadre de ma rubrique ‘I did it!’. Depuis bien longtemps, j’avais envie de parler d’enfance et d’éducation ici et j’ai décidé de profiter de la sortie du film Alphabet (si vous ne l’avez pas encore vu, filez donc au cinéma !) pour ouvrir mon blog à des témoignages en lien avec ce sujet.

Ecologie de l’enfance, non-scolarisation, méthodes alternatives, éducation bienveillante… Il existe mille et une manières de penser l’éducation, hors des sentiers battus de l’école traditionnelle. Je crois que, si vous me suivez depuis un moment, vous savez de quel côté mon cœur penche… Mais, plutôt que vous proposer un modèle que j’érigerais en norme, je préfère offrir la parole à différentes voies, à ces divers chemins que des personnes ont fait le choix d’emprunter et qui leur ont inspiré une autre vision de l’enfance. Je ne partagerai certainement pas tous les points de vue présentés ici, mais il me tient à cœur d’ouvrir mon blog à des expériences variées et je serais ravie de recueillir les vôtres.

Aujourd’hui, c’est donc Valérie et Stéphane, heureux parents de quatre enfants devenus grands déjà, qui m’ont fait l’honneur de leur témoignage. Entre voyages, apprentissage de la différence et de la tolérance, ils présentent leur expérience familiale réussie de la non-scolarisation. J’espère que ce texte vous touchera autant qu’il m’a touchée.

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1988. C’est sur les bancs de la faculté, que nous nous rencontrons avec mon mari. Nous sommes au tout début de notre 1ère année de médecine – une année que nous échouons avec brio ! Qu’à cela ne tienne, nous décidons alors de vivre et d’étudier ensemble 24h/24 – une évidence pour nous ! – au grand dam de nos parents… Et grand bien nous en a pris, puisque nous sommes finalement admis en 2ème année.

Au début de notre 3ème année, nous nous marions. Déjà alors, nos collègues de promotion nous considèrent comme un couple un peu hors-norme. Très vite, se pose la question des enfants. Comme tout couple n’ayant pas encore d’enfants, nous avons des idées très tranchées sur la question de l’éducation. Nos études prenant quand même beaucoup de temps et d’énergie, nous sommes (pour une fois) raisonnables et nous attendons d’être internes en médecine pour y songer concrètement. Pour combler probablement un manque, nous adoptons deux chats puis, l’année d’après, trois autres. Raisonnables, mais pas trop quand même !

Un jour, par hasard, nous tombons sur un reportage présentant une famille faisant l’école à la maison. Après une longue discussion, il nous apparaît logique, si un jour nous avons des enfants, d’être acteurs de leur éducation, mais aussi de leur instruction.

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Fin de 6ème année : une fois de plus, nous nous démarquons en choisissant de ne pas passer le concours de l’internat qui sélectionnait à l’époque les futures spécialistes d’organes : ce qui nous intéresse, c’était l’être humain dans sa totalité, pas son cœur, son foie ou ses poumons !

Novembre 1995 : premier stage de résidents en médecine générale, nous sommes enfin grands, quoique encore « bébés docteurs », et nous décidons de devenir parents. Notre première fille naît en décembre 1996 et la seconde en septembre 1998. L’idée de l’école à la maison est vite oubliée, la vie de docteurs en médecine en formation ne nous permettant même pas d’y penser : 60h de travail hebdomadaire, en essayant toutefois de ne pas être de garde en même temps afin de s’occuper des enfants correctement sans avoir recours à la crèche ou à la nounou. Nous commençons aussi à faire des remplacements et nous jonglons avec tous ces plannings.

Septembre 1999, nous passons notre thèse et sommes enfin déclarés « Docteurs en médecine, spécialisation en médecine générale ». Nous nous installons dans la foulée, en reprenant un cabinet médical en zone semi-rurale et, d’un temps-plein du médecin dont nous prenions la succession, nous passons à deux mi-temps, afin de pouvoir nous occuper des enfants. Mon mari travaille alors le matin, et moi l’après-midi jusqu’à 17h. Il reprend la soirée après moi. Ma grande va à l’école du village et la seconde est encore à la maison.

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Mars 2001, naissance non pas d’un, mais de deux bébés ! Une fille et un garçon qui bouleversent un peu notre organisation. Notre seconde fille va alors à l’école depuis septembre et, portés par un certain conformisme, peut-être aussi probablement par la facilité, nous envoyons nos jumeaux à l’école maternelle. Le rythme scolaire et mon planning me permettent de gérer la maison quand les enfants ne sont pas là. Ils rentrent tous pendant la pause de midi et on sent qu’ils ont vraiment besoin de cette coupure. Le soir, ils sont souvent grognons, énervés, fatigués, les disputes fusent facilement et, en plus, il faut gérer les devoirs, les repas, les bains,les couchers avec leurs invariables rituels.

Avril 2004 : notre cadette, vive et intelligente, ne sait toujours pas lire. La méthode utilisée à l’école est une méthode semi-globale. Notre fille est triste et semble n‘avoir aucune joie dans ses apprentissages. Mon mari décide alors de lui apprendre à lire, avec l’ancienne méthode du B.A.-BA, pendant les vacances de printemps. En quinze jours à peine, elle sait lire et retrouve toute sa joie ! Voilà que nous repensons à l’école à la maison… Le système éducatif ne nous convient pas, il nous faut prendre les choses en main. En une demi-journée, nous prenons notre décision : ce sera l’école à la maison !

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Le mois qui suit est nécessaire pour les démarches administratives : mairie et éducation nationale (auprès desquelles une simple déclaration d’instruction en famille est obligatoire), adhésion à une association afin d‘être épaulés si besoin, discussion de notre projet avec les enfants, annonce de notre décision à notre famille, nos amis et les institutrices. Très vite, nous nous rendonc compte que notre décision n’est pas comprise par le corps enseignant et encore moins par les familles du village, qui ne cessent de nous interroger ou de nous opposer des objections. Même si nous acceptons les discussions, nous n’avons pas à nous justifier ! Eh oui, l’instruction est obligatoire à partir de 6 ans, mais pas la scolarisation – subtile nuance !

C’est mon mari, pédagogue dans l’âme, qui s’est chargé de rassembler le matériel pédagogique nécessaire pour notre petite classe de 4 élèves : deux en moyenne section, un en CE1 et un en CM1. Nous respectons un calendrier scolaire afin d’avoir un trame concrète. Le matin, je travaille avec les enfants à la mise en pratique des leçons faites avec leur père la veille, en faisant des exercices et, surtout, en revoyant ensemble leurs erreurs possibles. Mon mari s’occupe de la partie théorique les après-midi : le cours. Il a découpé le programme officiel en nombre de leçons et nous suivons ce programme.

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Nous n’avons vu que des avantages à ce système scolaire :

  • Nous habitons et travaillons à la maison (notre cabinet et notre lieu de vie sont attenants, rien qu’une porte à franchir). La gestion des enfants tout en continuant à travailler sans changer notre fonctionnement est donc possible.
  • Une seule journée de travail pour nos enfants, mais aussi pour nous : pas de devoirs le soir, nous n’avons pas à revoir et appronfondir ce qui avait été fait en cours dans la journée
  • Gestion allégée, mais condensée du temps de travail : de 9h à 11h le matin et 14h-16h l’après-midi.
  • Apprentissage adapté à chacun, c’est plus facile quand il n’y a que 4 enfants dans la classe.
  • Pas de devoirs, pas de notes, pas de stress.
  • Pas de violence, pas de conflits
  • Des enfants, calmes, reposés, souriants, contents de se mettre au travail et contents de pouvoir avoir du temps pour faire autre chose (lecture, jeux vidéo, peinture, loisirs créatifs, musique…).

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« Et la socialisation dans tout ça ? » me demande-t-on souvent… Durant toute la période de leur déscolarisation, mes enfants ont eu des activités extra-scolaires comme tous les autres enfants. Ils ont régulièrement invité leurs camarades à la maison, mais ces invitations se sont espacées car les enfants n’en étaient plus demandeurs : plus grand chose en commun à partager… La socialisation que l’école apporte ne nous parait pas la plus judicieuse : côtoyer à longueur d’années les mêmes élèves et les mêmes professeurs, dans la même école – où est la diversité ? Etre confronté à la violence physique, verbale et psychologique, est-ce vraiment la seule façon de socialiser les enfants ? Chez nous, il n’y avait pas de notes, pas de pression, pas de leçons à réciter, pas de jugements, pas de cris, pas de moqueries. On avançait vite et dans la bonne humeur, personne n’était fatigué, en colère ou triste.

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Chaque fin d’année scolaire, les enfants étaient évalués par l’inspecteur d’académie qui venait à la maison, accompagné d’un psychologue et d’un conseiller pédagogique. Vos enfants scolarisés sont évalués-ils par l’inspecteur ? Non, quand il se déplace dans une classe, c’est pour évaluer le professeur, qui n’a pas obligation de résultats. Nous si : nous avions obligation de moyens et de résultats. A chaque fois, il était noté qu’ils avaient largement le niveau qu’on demandait aux enfants de leur tranche d’âge respective, mais qu’il serait bon pour plus d’équilibre et de normalité qu’ils retournent à l’école… A chaque fin d’année, nous demandions à nos enfants s’ils voulaient y retourner. Ils savaient que nous ne nous y opposerions pas.

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En 6ème, notre grande a voulu aller au collège. Nous l’avons inscrite dans un petit collège dans la grande ville à côté de chez nous, petit par la taille (peu de classes par niveaux), mais avec des classes surchargées comme partout. Elle devait prendre le bus et rester à la cantine. Je l’ai vue perdre sa bonne humeur en quelques semaines. Elle a tenu jusqu’aux vacances de la Toussaint et nous a demandé de la reprendre à la maison. Elle ne pouvait plus supporter la violence permanente des notes, la pression des professeurs, le comportement parfois difficile de certains élèves.

Nous sommes donc repartis tous ensemble pour quelques années encore.

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L’aînée est retournée définitivement dans la « normalité » en 3ème (elle avait fait de l’italien en 2ème langue en 4ème, c’était plus facile pour que je puisse l’aider, l’italien étant ma langue maternelle), la seconde a repris le chemin des collégiens en 4ème et a préféré choisir l’allemand, les 2 derniers ont fait une 1ère tentative en 6ème qui a duré une semaine, puis y sont retournés en 5ème. Mon fils est resté au collège (espagnol en 2ème langue) alors que ma fille, après une 5ème où elle s’est épanouie, a préféré faire son année de 4ème à la maison (du coup, à nouveau italien pour moi !).  Ils sont maintenant tous les 2 en 3ème et tout va bien.

Ces années à la maison ont été un pur bonheur. Notre cocon familial était soudé et joyeux, les gens que nous recevions se sentaient bien et sereins chez nous.

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En marge de l’instruction au sens strict du terme, nous avons essayé de donner à nos enfants l’envie et la joie de voyager, de découvrir d’autres façons de vivre et de manger, d’autres cultures, de lire des œuvres qu’on n’étudie malheureusement plus dans nos écoles. Ils ont vu de belles capitales européennes, des musées prestigieux, des monuments majestueux, des pays différents où ils ont pu aller à la rencontre d’enfants de leurs âges qui vivaient différemment.  Les voyages forment la jeunesse et ouvrent l’esprit, dit-on. A notre avis, ils éveillent la curiosité, suscitent l’intérêt pour le monde qui nous entoure, stimulent le désir d’apprendre pour comprendre le fonctionnement des choses.

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Ensemble, nous avons découvert des cathédrales, des temples et autres lieux de cultes plus magnifiques les uns que les autres, qui nous ont permis d’aborder les sujets relatifs à la religion et la tolérance, mais aussi des techniques de fabrication, d’artisanat ou de mécanisation des outils. Dans chaque ville visitée, nous avons fait un détour par un ou plusieurs musées, où nous avons évoqué ensemble l’art, la beauté, la laideur, la vie de nos ancêtres, les coutumes…  La rencontre avec les habitants des pays traversés a permis à nos enfants de ne pas avoir peur des autres et de leurs différences.

Ils ont pu se rendre compte également qu’ils vivaient en France de façon privilégiée, avec une facilité d’accès aux soins, aux loisirs, aux technologies modernes, à l’apprentissage, à l’art, à la nourriture du corps et de l’esprit… Cet aspect de notre vie fait partie intégrante de l’éducation que nous voulions pour nos enfants : qu’ils soient ouverts d’esprit et qu’ils puissent juger par eux-mêmes des choses. Les voyages sont pour cela bien plus efficaces que les images absorbées passivement devant un écran de télévision.

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7 Nous sommes une famille atypique qui n’aime pas les conventions : nous n’avons d’ailleurs pas la télévision depuis 1988, nous faisons partie d’une association de protection animale dans laquelle nous sommes actifs (j’en suis la trésorière) en tant que famille d’accueil chats, nous sommes devenus végétariens en 2007, puis végétaliens en 2014.

Nous essayons de faire au mieux pour nos enfants avec nos convictions, mais la dure réalité nous a rattrapés une fois nos enfants retournés sur les bancs de l’école : ils ont voulu faire partie du groupe dans lequel ils plongeaient juste au moment de la période fatidique de l’adolescence. J’ai douté à ce moment-là, pensé que nous avions fait une erreur de ne pas faire comme tout le monde et puis, finalement, non. Je suis contente d’avoir offert cette expérience à mes enfants et de l’avoir vécue en famille, avec eux et mon mari. Ils vont bien, ils sont épanouis, et finalement se sont intégrés à leur groupe assez facilement.

Nous ne sommes pas en train de vous dire « voilà ce qu’il faut faire », juste : « voilà ce qu’on a fait » et nous sommes fiers d’avoir pris, avec nos enfants, notre vie en main.

Valérie et Stéphane, parents heureux de 4 grands enfants

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Voilà, j’espère que ce témoignage vous a intéressés ! Vous n’êtes bien sûr pas obligés de partager les points de vue exprimés ici, mais j’espère que cette expérience de vie, familiale et unie, vous inspirera réflexions, remarques et interrogations. N’hésitez pas à partager vos point de vue et vos expériences en commentaire ! Valérie, Stéphane et moi nous ferons une joie de répondre à vos questions ! En attendant, un immense merci à eux et une longue, heureuse et trépidante vie à leurs enfants !

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104 réflexions sur “NOTRE AVENTURE DE L’ÉCOLE À LA MAISON !

  1. Bonsoir,
    Nous sommes parents de jumelles de presque 6 ans, qui sont en grande section de maternelle et nous envisageons de les déscolariser pour leur rentrée en CP en vue d’un voyage en bateau pour quelques années. Merci donc pour ce témoignage, cela m’encourage de savoir qu’il est tout à fait possible de le faire et que cela marche ! Le bien-être des enfants avant tout ! Si vous avez d’autres témoignages, je suis preneuse. Merci. Nathalie, Sven, Aïna et Silya

  2. Bravo!! Je n’ai pas encore d’enfants mais j’ai trouvé l’amour de ma vie avec qui je partage les memes convictions, et avis en ce qui concerne notre système en générale. On a acheté un grand terrain, on espère pouvoir devenir au maximum autonome. La question de la scolarisation pour nos futurs enfants se pose. Il a une petite fille de 6ans qui vit un peu plus avec sa mère, bien ancrer dans ce monde si conventionnel avec ses avantages et surtout (pour nous) ses inconveniants. L’importance d’etre, plutot que d’avoir, n’est pas facile a inculquer dans ce monde de société de consommation.Des fois j’ai peur pour les générations futurs mais ca me fait plaisir de voir qu’il y a d’autres solutions, et que ce que vous vivez est magnifique et me conforte dans les solutions que je cherche.

  3. Bonjour, comme vous je souhaite descolariser mes 4 enfants. Mais les cours par correspondances sont inabordables, qu’avez vous fait pour vous aider?

  4. En IEF, unscho et informel depuis la 5e année et heureux de l’être ! Aujourd’hui, je suis également co-fondatrice d’une asso pour défendre les droits des enfants ief cpc et sco ! Mon fils est heureux et nous aussi ! Merci pour ce témoignage ! Go Vegan !

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