ESPOIR, LE SALE ESPOIR


Le titre de cet article aura mis la puce à l’oreille des lecteurs d’Anouilh et peut-être aurez-vous reconnu dans ces mots une référence à la pièce à laquelle le nom de mon blog fait écho… il s’agirait pourtant d’une fausse route, puisque je ne vais vous parler ni d’Anouilh ni de théâtre aujourd’hui. D’espoir et de littérature il sera néanmoins question : si vous préférez me voir aux maniques ou dans le rayon arts et déco de votre magasin bio, alors vous pouvez passer votre tour, mais n’oubliez pas cependant qu’Antigone XXI n’est pas seulement un atelier de cuisine et de travaux pratiques, mais également un lieu où l’on réfléchit… et où l’on raconte des histoires.

Car c’est une histoire que je vais vous raconter maintenant.

Pas n’importe quelle histoire, ni une histoire vraie ni une histoire sortie de mon imagination, mais plutôt celle d’un vieux monsieur à barbe blanche qui se penche au-dessus de notre berceau pour nous proposer un récit qui pourrait tous nous concerner, celui de notre futur… imaginaire.

David Harvey est habituellement connu pour être un géographe et penseur dont la plupart des travaux traite des questions de pauvreté, d’inégalité socio-spatiale et, plus généralement, de justice sociale. C’est du sérieux. Et ce n’est pas toujours très facile à lire. Parmi la flopée de ses ouvrages assez pointus, il en est un pourtant qui se distingue par le sujet mis en lumière et, en partie, par son traitement.

Dans Espaces de l’Espoir, Harvey nous parle utopie.

Une utopie, c’est la représentation d’une société ou d’une communauté idéale et sans défaut. L’idée même d’utopie a inspiré tellement de penseurs et d’artistes qu’on ne compte plus les oeuvres mettant en place un monde imaginaire, à la fois très loin de nous et pourtant très proche, et dont le but premier est, plutôt que de proposer un rêve gratuit et intouchable, de nous donner à penser sur notre propre époque et ce vers quoi nous pourrions tendre.

Personnellement, j’aime beaucoup l’idée même d’utopie. Je pense même que, sans espoir ni idéal, nous ne parviendrions à rien, et que, quand bien même le propre de l’utopie est d’être un monde inatteignable, il nous faut, justement, des utopies auxquelles croire pour pouvoir avancer – faute de quoi nous serions peut-être des gens très moroses et affreusement terre-à-terre. Je suis très certainement une gamine qui rêve mais, pour moi, il faut toujours avoir une lune à décrocher et être prêt à demander l’impossible. Je ne suis pas végane pour rien.

De quoi est-il question chez Harvey ? Après une longue, longue analyse de tout un tas d’utopies, et bien, l’auteur nous propose la sienne, un projet qu’il nomme Edilia, et dont j’aimerais vous parler maintenant… Car ce n’est pas pour rien si tout un tas de gens très sérieux ont causé utopie, c’est bien qu’ils avaient une idée en tête : proposer une alternative de notre société, à une époque donnée. Je vais donc vous tracer les grandes lignes du monde dessiné par Harvey, en soulignant le fait qu’il ne s’agit pas de mon projet et que je n’adhère pas à toutes ses idées, mais que je trouve intéressant de réfléchir ensemble aux alternatives qu’il propose et, qui sait, vous pousser peut-être à découvrir les 25 pages dans lesquelles l’auteur brosse son idéal.

  • 2013, la grande crise

Tout commence par une crise. Nous sommes en 2013 et depuis quelques années, les signes avant-coureur du tumulte se multiplient. Le réchauffement climatique a déjà généré son lot de réfugiés environnementaux et de maladies infectieuses, les assurances publiques et privées sous pression ne suivent plus, les inégalités sociales croissent inexorablement. Petit à petit, la situation devient si critique qu’elle atteint un point de non-retour et, en 2013, c’est le monde de la finance qui explose par un crash vertigineux des marchés boursiers.

A partir de là, c’est la dégringolade : les gouvernements qui ne parviennent pas à relancer la machine, les fonds de pension et les compagnies d’assurance qui s’effondrent, de même que les banques et l’ensemble des institutions financières… jusqu’à la prise de pouvoir généralisée par des juntes militaires qui imposent, en s’appuyant sur des fanatismes religieux, des théocraties militarisées face auxquelles Pinochet et les Talibans feraient pâle figure.

Pourtant, dans les bas-fonds de la société, la colère gronde…


  • La révolution par les femmes

Face à ce pouvoir impitoyable, les ‘damnés de la terre’ peu à peu parviennent à se mobiliser et à créer ensemble un mouvement de résistance non-violente dont la taille autant que la portée croissent de jour en jour. Les représailles des militaires sont terribles et, pourtant, la mobilisation est à chaque bataille un peu plus forte, un peu plus soudée. Bientôt rejoint par des scientifiques, docteurs et techniciens au service des juntes, ainsi que des artistes et intellectuels, ce soulèvement marque également une période de boom culturel considérable.

Pour la première fois de l’histoire, c’est par les femmes que ce mouvement pacifique et mondial parvient à mettre à bas le pouvoir en place et lancer le désarmement général des combattants. Des femmes ouvrières, souvent parmi les plus opprimées de la société, et, pour la plupart, exclues de tout pouvoir public. On les appellera ‘Les Mères de ceux qui ne sont pas encore nés’.

En quelques années à peine, cette vaste campagne de pacification porte ses fruits et, en 2020, c’est une société nouvelle que nous avons sous les yeux…

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Oui, oui, c’est bien le village Schtroumph !..

  • Edilia, le nouveau monde

Comment cette nouveauté fonctionne-t-elle ? Et bien, très différemment de la nôtre à première vue…

Tout d’abord, au diable nos appartements étriqués dans des immeubles aux voisins sans nom ni visage : l’unité de base de l’habitat, c’est le foyer, qui comprend entre 20 et 30 adultes et un certain nombre d’enfants. Retour à la vie collective, puisque ces personnes vivent, mangent et travaillent en commun. Mais pas non plus vraiment, puisque, rassurez-vous, chacun à droit à sa petite chambre individuelle (ouf, nous ne sommes ni en colonie de vacances ni dans un kolkhoze…)

La ville du futur se compose de quartiers qui comprennent une dizaine de foyers chacun. Ensuite vient l’edilia, qui regroupe à peu près 200 foyers, soit environ 6000 individus. L’idée de base de cette ‘ville’, c’est d’être auto-suffisante au maximum. Au-delà, se situent la regiona, puis la nationa, une fédération de regionas choisies non pas en fonction de leur proximité géographique, mais en vue d’une complémentarité environnementale : régions tropicales, sub-tropicales, tempérées, etc. Celles-ci disposent de la liberté de changer de nationa et le risque de guerres de frontières appartient désormais au passé…

Chaque edilia promeut l’agriculture et le jardinage urbain comme source de l’alimentation, de même qu’un ensemble de pratiques écologiques savamment pensées pour éviter le moindre gaspillage. Les maisons se la jouent un peu ‘Robinson Crusoé’ avec leurs lots de panneaux solaires et de mini-éoliennes. Dans les rues, foin des pots d’échappement et des klaxons assourdissants ! A leur place, de petites voitures locales électriques, conçue pour ne pas rouler sur une distance supérieure à 30 km et à plus de 30km/h. Adeptes d’Autolib ou de Vélib, vous seriez heureux, puisque ces voitures, tout comme les bicyclettes, sont gérées collectivement. Certes, dites adieu au grand frisson de la vitesse au volant, comme à la rapidité généralisée : vous êtes ici dans une société qui prend son temps. Moins bruyante, plus tranquille, et donc propre à générer moins de stress que nos sociétés contemporaines. Amateurs de sensations, n’ayez crainte, vous pouvez toujours vous faire des descentes à toute allure chaussés de vos rollers… à vos risques et péril.

La grande différence avec notre société actuelle, c’est la fin de la maison basée sur la famille nucléaire, à savoir un papa, une maman, et les rejetons. Au sein du foyer, les tâches sont réparties de façon équilibrée et chacun, à tour de rôle, participe au bon fonctionnement de la vie collective. Chaque foyer est souvent spécialisé : boulangerie, couture, fabrication de conserves, etc. Le système de communication entre foyers est crucial puisque c’est entre eux que le travail est échangé : pains contre conserves, savoir-faire contre spécialité… et cela d’autant plus que chaque foyer forge au fur et à mesure son style propre.

Individualistes convaincus, n’ayez pas peur : libre à vous de changer de foyer si bon vous semble si vous vous sentez un peu à l’étroit dans le vôtre. Et, tous les sept ans, vous êtes même encouragé à quitter votre foyer pour voyager de par le monde et découvrir la vie dans d’autres régions du globe.

La famille traditionnelle à laquelle nous sommes habitués est ici remplacée par la pradasha, qui désigne un petit nombre d’adultes dont la vocation est de s’occuper du soin et de l’éducation des enfants. Il peut arriver que, parmi ces personnes se trouvent les parents biologiques des enfants, comme cela peut aussi ne pas du tout être le cas. Un point majeur chez Harvey est en effet la dissociation entre tâches parentales et échanges sexuels. Ce dernier point est d’ailleurs l’occasion d’un développement approfondi que, par manque d’espace, je ne peux développer ici, mais sachez tout de même que l’auteur s’éloigne des catégories traditionnelles d »hétérosexuel’, ‘homosexuel’, ou ‘bisexuel’ en offrant un espace de liberté hors de ces identités cloisonnées. Ce qui permet, d’ailleurs, de rééquilibrer totalement la relation femme/homme qui bénéficie d’une bien meilleure égalité que celle que nous connaissons de nos jours.

Vous pouvez d’autre part dire adieu à nos semaines de sept jours, puisque les ‘Ediliens’ disposent maintenant de semaines de cinq jours, au cours desquelles le temps de travail se limite à 5h quotidiennes, 3 jours par semaine. Ici aussi, la flexibilité est la clef et vous pouvez choisir d’organiser vos heures de travail selon vos préférences. Ne croyez pas tout de même que vous vous la coulerez douce, puisque le système de travail est organisé et vérifié de manière assez complexe.

Mais faut-il vraiment encore parler de ‘travail’ ? Il semble ici que les limites entre ‘travail’ et ‘plaisir’ soient bien plus fluides que celles auxquelles nous avons l’habitude… La prise de conscience de l’intérêt personnel et social, le rythme de la vie en société et l’ensemble de valeurs nouvelles qui régissent Edilia semblent avoir fait sauter bien des barrières et bon nombre d’activités se situent à cheval entre ces deux catégories. D’ailleurs, les enfants accompagnent souvent les adultes dans leur tâches quotidiennes, qu’il s’agisse de s’occuper des jardins ou des ateliers – autant de connaissances en biologie, botanique ou agronomie dont ils bénéficient.

Beaucoup de choses pourraient encore être développées, mais une en particulier attire mon attention : vous surprendrais-je si je vous dis qu’en Edilia, on fait fi de la viande ? L’agriculture locale et régulée permet en effet aux habitants de baser l’essentiel de leur alimentation sur les graines, les céréales, les légumes, les fruits, les noix et les légumineuses. Les sordides pratiques de massacre des animaux dans des abattoirs cachés de tous sont désormais bien loin dans les mémoires… un triste souvenir d’un passé de violence et de chaos. Mais alors, pas de manteaux de fourrure ni de sac à mains en cuir de croco, me direz-vous ? Et bien, retenez aussi qu’en Edilia, on vit plus simplement : les faux besoins de notre société actuelle ont été délaissés au profit d’activités et d’intérêts plus essentiels, et les gens ne semblent pas s’en porter plus mal…

Je n’ai rien inventé de cette société, sortie tout droit de l’esprit d’un penseur particulièrement marquant de notre temps. On est en droit de se poser des questions – surtout si l’on prend en compte que ce résumé a passé sous silence un certain nombre de développements très importants du monde imaginé par Harvey – comme on est en droit de ne pas être d’accord avec tous les points proposés par l’auteur. Je suis moi-même loin d’adhérer avec l’ensemble de ses propositions. L’idée n’est pas tant d’imposer Edilia en modèle alternatif de société à réaliser à tout prix… je crains, hélas, que nous en soyons très, très loin, mais plutôt de réfléchir sur certaines idées proposées ici.

Après tout, ne serait-elle pas heureuse, cette société de l’abondance frugale ?…

*

Si le livre vous tente, je crains qu’il ne soit sorti qu’en anglais pour le moment, en l’an 2000, sous le titre Spaces of Hope. Amateurs de contes de fée, déchantez un peu : le roman n’arrive qu’à la page 257, en appendice… l’essentiel du livre est un brin plus sérieux, mais très intéressant également !

*
J’espère que cet article vous aura intéressé et je serais très heureuse d’avoir vos avis et opinions sur le sujet ! Et vous, quelle est votre utopie ?
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34 réflexions sur “ESPOIR, LE SALE ESPOIR

  1. Je vais essayer de me le procurer sous peu, je ne connaissais pas même si il semble que ça soit un monsieur et une oeuvre connue.
    J’ai toujours en mémoire 1984, et même si ça ne relève peut-être pas entièrement de l’utopie, ça se rapproche dans l’esprit. Le fait d’envisager une société différente.
    Donc je t’en dirai quoi dès que je l’aurai lu 🙂
    (Ah et cimer quand même, j’allais oublier :D)

    • Harvey écrit depuis les années 70 et, oui, c’est un penseur majeur de notre époque, qui a abordé ses sujets de façon très ouverte et très interdisciplinaire. On peut ne pas être d’accord avec lui mais je trouve ses réflexions assez intéressantes en général. Je cite ce livre, mais d’autres sont également accessibles (si ça t’intéresse, je peux te donner qqs idées).

      1984, c’est dans le même ordre d’idée mais à l’envers ! Une dystopie ou une contre-utopie si tu préfères… Bouquin très marquant, et criant de vérité, ça me donne envie de le relire, merci !
      Dans la même ligne, il y a Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley : extrêmement intéressant et ça se lit tout seul… je te le conseille si tu ne l’as pas déjà lu !

      (de rien – j’avais un peu peur d’aborder un sujet ‘sérieux’… mais après tout, pourquoi devrait-on arrêter de lire des histoires ? ;-))

      • Très marquée aussi par Le Meilleur des Monde et 1984… mais aussi Ravage de Barjavel.

        Après lecture de ton post, je ne sais pas pourquoi, mais j’imagine une fourmilière géante suédoise ou allemande, dirigée par deux grosses fourmis impériales appelées « Mère » et Sri Aurobindo…

        😀
        Je pense que je vais me le bouffer ton bouquin.

        • Ah tiens, je n’ai pas lu Ravage, alors qu’il trotte dans ma tête depuis bien longtemps… tu me donnes envie de pallier à cette absence !

          Et qui sait, pourquoi pas un petit mix entre Auroville et Edilia ? Ce serait à écrire, ça, comme nouvelle utopie 😉

          • Why not, mais alors adoptons la formule Auroville + Edilia + L’Île des Gauchers (Alexandre Jardin) !

            Un petit roman léger et sympathique, narrant la vie d’une petite communauté de gauchers, bien décidée à aimer autrement…

            🙂

            • Ah, je ne connais pas du tout mais, rien qu’à en juger par l’histoire, ça me dit bien (moi qui rêvais d’être gauchère quand j’étais petite !)

              Je sens que, à défaut de vacances, je vais avoir de la lecture cet été 😉

  2. Est-il question de méditation dans cette utopie ? Car à mon sens, depuis que je m’y intéresse et que j’ai commencé à pratiquer, je vois la méditation comme une clé essentielle à un changement en profondeur de l’individu (ou plus exactement, à une réalisation de son potentiel réel), et par extension de la société, car tout changement commence par soi-même. Pour moi, ça va main dans la main avec véganisme.
    Dans le genre utopie (et réflexion sur l’utopie), je conseille la lecture du livre « Le jeu des perles de verre » d’Hermann Hesse.

    • Ah oui, Le jeu des perles de verre ! Je trouve d’ailleurs que, par certains aspects, notamment ceux du voyage, des méthodes et des sujets d’apprentissage, et des liens tissés entre musique, mathématique et poésie (Harvey parle de conception universelle d’une poésie à laquelle tous seraient sensibles ici), l’Edilia en est proche (très certainement l’avait-il en tête quand il a écrit ce livre en tout cas !). Et effectivement, tu fais bien de souligner, réflexion sur l’utopie… 😉

      Pour ce qui est de la méditation, je relisais Harvey et je m’en étonne, car effectivement, je n’en trouve pas mention ici et pourtant elle aurait toute sa place.

      A noter tout de même que dans Edilia, le métier de psychologue / psychanalyste a disparu, tout du moins sous sa forme professionnalisée, et qu’il a laissé place à une forme d »art’ plus général (peut-être plus proche d’une sorte de maïeutique ?). Harvey fait également un développement assez intéressant sur la mort et le rapport à la mort… mais le petit côté frustrant, c’est que son utopie ne fait que 25 pages et qu’on aimerait beaucoup la voir développée davantage !

      • Oui en effet c’est curieux, car d’après ce que tu en dis, la communauté de Harvey m’évoque ces ashrams dont le fonctionnement repose sur le principe de « seva », le service désintéressé, chacun oeuvrant pour le bien commun dans l’amour et le respect. Or je suis d’avis qu’une telle communauté, et de tels sentiments ne peuvent se maintenir sans la méditation, car l’esprit humain a tôt fait sinon de retomber dans ses vieux mécanismes de pensées, dans le « moi contre eux »…
        C’est intéressant en tout cas !

        • Je suis tout à fait d’accord avec toi et c’est pourquoi j’ai été également surprise que Harvey n’inclue pas ce point à sa réflexion.
          Je pense que, tout du moins de la manière dont il l’aborde dans ces pages, Harvey a une approche plus collective qu’individuelle, ce qui peut expliquer pourquoi, plutôt que de mettre l’accent sur la méditation et le travail sur soi, il parle de spiritualité, mais sous une forme collective, au sens de discussions spirituelles. D’ailleurs, pour lui, ces discussions (qui expriment des pensées, des sentiments, mais aussi des rêves) doivent relever de la spontanéité et peuvent se faire en tous lieux, et notamment des espaces publics (pas restreints à la sphère du privé ou du cabinet du psy).
          En fait, je crois aussi que Harvey prône ici une sorte de ‘psychanalyse à ciel ouvert’, un peu à la manière de Socrate, qui passe par autrui, plutôt que d’être d’abord une relation avec soi, comme l’est la méditation.
          Enfin, c’est mon interprétation, il faudrait demander directement à Harvey ! 😉

    • J’ai présenté les choses rapidement, mais il y a d’autres points qui mériteraient d’être développés sur la vie sociale, la culture, les conflits… ça se tient beaucoup plus qu’une société schtroumph ! 😉

  3. C’est passionnant, j’ignorais tout de ce monsieur ! Cela bouscule un grand nombre des fondements de notre vie en société (famille, attaches géographiques, travail, éducation) et donne à réfléchir.

    Je n’adhère pas à toutes les propositions, loin de là parfois ! Par exemple (mais ça n’est que mon avis), l’annulation du concept de famille me déplaît. En revanche, inculquer la botanique et l’agronomie aux enfants, c’est formidable.

    Mon utopie ? Ah, l’une d’elles alors 🙂 Je travaille dans la finance et j’assiste de près à la dictature du profit et de l’argent, qui se répand à tous les niveaux de l’économie (secteur public, industrie, services, agriculture). Je trouve effrayant que dans la mesure du profit des entreprises, l’on n’inclue pas les gains et pertes environnementaux et sociétaux. Si les entreprises constataient des pertes comptables lorsqu’une fuite survient sur une plate-forme pétrolière, lorsqu’une nappe phréatique est contaminée ou lorsqu’un nuage de fumées toxiques est produit, les comportements changeraient. Actuellement, elles se protègent derrière les assurances et l’incitation à une plus grande responsabilité est faible.

    Pour aller plus loin, l’idée n’est bien sûr pas de moi, cela aboutirait à la définition d’un PIB intégrant une composante écologique (à condition de savoir donner un prix à l’environnement). Du coup, les gouvernements y réfléchiraient, peut-être, à deux fois avant d’envisager l’extraction de gaz de schiste pour réduire la facture énergétique de leur pays… Sans parler du coup de pouce à l’emploi vert.

    Mais tout cela n’est qu’une façon d’adapter notre référentiel existant : argent, résultats, PIB. On pourrait sûrement vivre heureux dans un système totalement remanié, comme dans Edilia.

    Merci, Ophélie, pour cette découverte !

    • Merci à toi pour ton commentaire très intéressant !

      Effectivement, je n’adhère pas non plus à tous les points développés par Harvey, et celui de la vie en ‘foyers’ est peut-être celui qui me fait tiquer le plus… même s’il reste assez proche de modes de vie existants dans notre société mais quelque peu camouflés. Disons que les pradashas font oeuvre ici de famille étendue, puisqu’aux adultes en charge de l’éducation s’ajoutent un certain nombre de volontaires qui jouent un peu le rôle de nos grands-parents et oncles et tantes… La grande différence st que le tout est fondé sur des liens volontaires et non exclusivement sur des liens de sang.

      La question de l’éducation des enfants mériterait d’être développée davantage, car elle est très intéressante. Harvey traite, entre autre, du développement d’activités culturelles (peinture, mathématiques, musique, poésie…), qui rompent avec le formalisme de notre notion de ‘travail’. Bref, il y a du bon et du mauvais, mais tout ça donne à réfléchir, c’était un peu le but de cet article.

      Ah, j’imagine qu’en travaillant dans la finance, tu dois te sentir assez tiraillée et que cela ne doit pas être facile d’assister à la promotion de valeurs avec lesquelles tu peux être en désaccord. D’ailleurs, tu penses continuer dans cette voie ou arrêter au bout de quelques années pour te rediriger ? En tout cas, tout ce que tu dis n’est que trop vrai, et ce qui me désespère le plus, c’est de comparer d’un côté cette politique d’aveuglement volontaire face aux enjeux environnementaux avec, de l’autre, tout l’argent qui est investi en termes de greenwashing… on se peinturlure la face en verte pour jouer à la marée noire et, pour nous couvrir, les assurances font office de détachant… 😦

      La question du PIB vert est effectivement quelque chose qui doit être débattu et j’ai l’impression que c’est une idée qui fait son chemin, même si, selon moi, le concept n’est pas encore tout à fait au point (par exemple, dans sa volonté d’inclure les questions de justice sociale ou d’inégalité). La monétarisation des pertes et bénéfices de l’environnement peut être assez difficile à effectuer, voire discutable en certains points. A creuser en tout cas… il y a de quoi faire ! 😉

      • Tiraillée ? Écartelée ! Je suis arrivée là par amour des maths, science en théorie exacte… pour réaliser que les chiffres sont en réalité soumis à une constante torture afin de leur faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire. Donc, oui, une reconversion arrivera… A moins que je ne puisse me rendre utile dans un domaine à la fois financier et éthique, l’espoir fait vivre ! Toutefois, les occidentaux qui se lancent dans la microassurance ou la microfinance ont bien souvent leur propre intérêt en ligne de mire…

        • Aïe aïe, oui, je connais ton genre de parcours… et je sais que, si tu n’es pas là par passion du monde des marchés, et bien ce ne doit pas être drôle tous les jours !
          Je crois que le plus dur, toutefois, n’est pas tant d’y rester que d’arriver à en sortir, même si les débouchés peuvent être plus nombreux qu’on ne le croie – d’autres voies plus éthiques qui auraient bien besoin de tes compétences ! (pourquoi ne pas jeter un coup d’oeil, d’ailleurs, à l’AFD ou Proparco ?.. c’est une idée – peut-être complètement à côté de la plaque – qui vient juste de me traverser l’esprit… mais il y en a d’autres !)

          • L’AFD, oui, a des activités intéressantes. Dans le même registre, j’ai beaucoup eu à travailler avec la CDC, qui fait des choses passionnantes et réellement éthiques… Même si les activités qui m’auraient le plus plu se sont effondrées (marchés carbone…).
            Ou alors, je retourne à mes premières amours puisqu’au départ, j’ai étudié la biologie et l’agronomie. Tout est possible 😀

  4. c’est un peu effrayant quand même car cet auteur va loin dans son imagination en pensant que la majorité (voire 100%) des parents seraient d’accord de laisser l’éducation de leurs enfants à d’autres adultes…Je n’ai pas encore d’enfant mais je sais déjà que je n’y arriverais pas. Il est vrai que cette idée serait salvatrice pour les parents toxiques de tous poils ne désirant pas élever leurs enfants…
    L’aspect vie en harmonie avec son environnement et de pratiquer végétarisme est forcément alléchant, mais l’aspect communautaire tel qu’il l’imagine est déjà moins palpitant. Je suis un être humain comme tant d’autres et je ne pense pas être la seule à aimer à la fois le partage relatif à la vie en société et la douceur du repos solitaire de mon esprit quand je coupe les communications avec le monde extérieur. Je ne pourrais pas vivre sereinement dans cette sorte de colocation-corporatiste de métier.
    (en aparté, je ne m’entends guère avec mes collègues et ce serait un enfer que de les côtoyer dans la sphère intime, là aussi je ne dois pas être la seule)

    • A propos de l’éducation des enfants… l’école n’est-elle pas obligatoire en France jusqu’à 16 ans ? Et qui dit école, dit éducation par d’autres adultes que les parents… 😉 Chez Harvey, les adultes en charge des enfants peuvent également être les parents biologiques, et cela ne signifie pas non plus que les liens parents/enfants n’existent pas. On a l’impression ici de ‘crèches’ très renforcées avec un minimum de 6 à 8 adultes pour s’occuper des enfants. Mais c’est vrai que, n’étant pas encore maman, j’ai très envie de jouer un rôle majeur dans l’éducation des (futurs) miens… Disons que l’idée ici met l’accent surtout sur le besoin des enfants d’être élevés dans des environnements qui leur donnent autant d’amour que d’aide, et qui les protègent d’un certain nombre d’abus qui peuvent exister dans notre société.

      Sinon, je me suis moi aussi beaucoup posée la question de la vie en commun, car j’ai une forte tendance à être très heureuse dans ma petite bulle ! Mais je me souviens aussi que l’école pouvait être une source de joie et d’expériences de vie passionnantes, et que j’ai vécu 3 années très heureuse en internat. Bon, j’avoue, après ces 3 ans, j’aspirais à un peu plus d’intimité ! Mais Harvey prévoit justement cette ‘bulle’: ses foyers prônent peut-être une forme de vie en commun, mais qui est moins drastique qu’on ne le pense, puisqu’il existe une sphère privée (pièce individuelle), et puis il faut également se dire qu’à raison de 15h de travail par semaine, on peut échapper aux ‘collègues’ plus facilement qu’on ne le fait maintenant ! D’autant que le travail est rotatif, et puis on peut vraiment changer de foyer si l’on s’y sent à l’étroit ! Cela ressemble plus à des immeubles-villages où le lien social est plus fort que dans nos tours actuelles…

      Je pense que, même si l’on n’est pas prêt d’accepter ce modèle de vie en commun (je n’y adhère pas, par ex…), l’idée a néanmoins le mérite de nous faire réfléchir sur notre hyper-individualisme et de regarder un peu plus loin de notre société occidentale vers d’autres modèles de vie en société assez différents qui ont peu exister ou qui existent encore dans d’autres régions du monde…

      Merci beaucoup pour ton commentaire en tout cas !

      • Euh mais de rien pour le commentaire, j’aime beaucoup ton blog qui parle de pleinnnn de choses sur le “mieux-vivre” alors je me permets de poster des commentaires (je combats ma timidité même sur internet youhou !). Je zieute aussi ta page Facebook pour être au taquet sur tes nouveaux articles et recettes (miam les barres de céréales crues !). Bonne continuation 🙂

        • Oh merci, c’est très gentil à toi ! Et oui, oui, je t’encourage tout plein à poster des commentaires, cela fait toujours plaisir et les tiens sont pour le moins intéressants ! 😉
          Si tu veux être mis au courant des nouveautés, et pour que tu n’aies pas de crampes à force de zyeuter, tu peux aussi t’inscrire par mail pour recevoir les infos ‘en temps réel’ – mais c’est vrai que je suis plus présente sur facebook ! Merci en tout cas !

      • je n’ai pas eu le temps e lire l’article, ni les coms!! je vais m’y mettre, mais juste une précision, en France l’école n’est absolument pas obligatoire ^^ c’est l’instruction qui l’est !! d’où mon choix d’instruction à domicile ^^

  5. Quel article passionnant ! Je sens que je vais vite, vite me plonger dans ce livre !
    Je ne suis cependant pas très convaincue par l’absence de « famille nucléaire » : les sentiments naturels doivent donc être quasi inexistants ? Et si c’est le cas, ça nous rapproche plus de la société décrite dans Fahrenheit 451 de Bradbury ou Le meilleur des mondes d’Huxley, non ?
    Et puis voyager tous les sept ans, c’est quand même dommage, si quelqu’un par exemple est passionné de voyages, il ne pourra jamais voir tout ce qu’il souhaite !
    Ah oui, et pour le titre de l’article, je l’ai immédiatement reconnu… Cette pièce est l’une de mes préférées, et d’ailleurs, l’une des seules où le rôle principal est féminin ET intéressant (parce que le théâtre est quand même un art assez misogyne, hélas).

    • Merci beaucoup Minyu !
      (et bravo pour avoir reconnu l’Antigone d’Anouilh – une de mes pièces préférées à moi aussi et je l’ai d’ailleurs lue et relue juste avant d’ouvrir ce blog 😉 )

      Alors, non, nous ne sommes pas dans une dystopie et Harvey met bien l’accent sur les sentiments d’amour. Je n’ai pas pu développer davantage ici, mais disons que ceux-ci ne sont plus seulement l’exclusivité des liens de sang (et du couple), mais vont au-delà, et au-delà même des ‘familles’ étendues que sont les pradashas. A la base des pradashas, comme je l’ai suggéré dans un autre commentaire, il y a avant tout des relations d’affection, d’amour et de respect. Disons que, à y regarder de plus près, cela ressemble à une famille traditionnelle avec juste un peu plus de parents et d’enfants ! L’amour (et les relations sexuelles) peuvent unir les adultes de ces pradashas, mais de façon plus libre que dans la notion classique de couple (oui, Harvey a des petits relents ‘amour libre’ parfois… 😉 )

      L’idée générale est justement qu’Edilia soit un monde qui place le lien social en son centre : celui-ci inclue donc des relations plus fortes et plus larges que celles que sur lesquelles notre société occidentale moderne est tissée, et les sentiments naturels sont même au coeur du bon fonctionnement de cette nouvelle société.

  6. Mais cette utopie me plait beaucoup, se défaire de la société dans laquelle nous sommes encore des esclaves et je le pense très fort bien que je sois végétarienne. De tout coeur je tends vers une utopie comme celle-ci !

  7. +1 pour Ravage, qui présente une réflexion très intéressante à partir de notre société actuelle. Ce que je crains dans l’utopie Edilia, c’est la difficulté d’arriver à ce modèle (ou même à qqch qui s’en inspire de loin). Ca me fait penser à ce TEDx sur un nouveau modèle démocratique http://www.tedxrepubliquesquare.com/etienne-chouard/ ce n’est pas une utopie puisque ça marchait en Grèce, mais que de chemin pour l’atteindre ! Je me dis qu’un changement radical est trop difficile, que ce qui marche c’est le changement petit pas par petit pas… Et heureusement qu’internet existe pour nous rassembler, échanger des infos et nous remotiver parce que sinon c’est pas évident de garder courage.

    • Oh, merci beaucoup pour le lien, je ne connaissais pas Etienne Chouard, et ça m’a l’air tout à fait intéressant !

      Je suis d’accord avec toi pour ce qui est de la question changement radical vs. changement de moineau (petit à petit… pour un joli nid !) : il ne sert à rien d’être juste ‘bêtement’ prosélyte et de crier ‘vive le Che’… 😉 La radicalité n’apporte souvent qu’une réaction de défense potentiellement violente (des études montrent d’ailleurs à propos des campagnes anti-tabac que des images trop ‘fortes’ ont l’effet inverse à celui escompté, par phénomène inconscient d’aveuglement et de protection). Pour moi, proposer des recettes sans oeufs ni lardons, ce n’est pas juste par amour de la cuisine, mais ça fait partie d’un travail de pédagogie autrement plus vaste et ambitieux qui vise à montrer que si, on peut y arriver, et que chaque pierre compte !

  8. Bonjour Ophélie,

    J’ai connu ton blog par le biais d’une amie qui m’a transmis le lien de l’article « No Poo » et après avoir survolé quelques articles j’ai décidé de mon plonger pleinement dans la lecture de ton blog depuis le début (je suis quelqu’un de très méthodique 😋).
    Et je profite de cet article pour te laisser mon 1er commentaire 😊
    J’aime beaucoup tes articles que je trouve toujours très bien écrits. C’est un vrai plaisir de les lire et de découvrir plein de recettes gourmandes et de belles réflexions! Ton univers me parle beaucoup et c’est un vrai plaisir de te découvrir 😊
    Cet article sur l’utopie est très intéressant! Je ne connaissais pas cet auteur… Et j’aime beaucoup sa réflexion.
    J’ai, par hasard, été visiter le familistère Godin au mois de juin. Et j’ai découvert une belle utopie basée sur l’économie sociale… Tout n’était pas parfait mais il y avait de l’idée et de quoi nous inspirer encore aujourd’hui…
    Et ce Monsieur Godin n’est autre que le créateur des fameux poêles… Ce n’est d’ailleurs plus que pour cela qu’il est connu aujourd’hui! Ses détracteurs ont bien travaillé à faire oublier ses idées!
    Pourtant le familistère se visite et je te conseille, si tu en as l’occasion un jour, d’aller y jeter un œil…
    Merci pour tout ce que nous offre en partage à travers ton blog 😊
    C’est aussi une pierre à l’utopie 😉

    • Bonjour Fanny,
      Et bien, je ne connaissais pour ma part pas du tout le familistère Godin et je suis ravie de le découvrir grâce à toi ! Je vais aller me renseigner davantage car je trouve cela absolument passionnant.
      Donc, un grand merci à toi !

  9. J’ai une relation conflictuelle avec les utopies. Je les adore parce qu’elles me font rêver et en même temps je les déteste parce qu’elles sont ce qu’elles sont, un rêve impossible à réaliser et donc frustrant par nature. Je ne me suis toujours pas décidé pour savoir si mes sentiments penchaient plus pour le premier sentiment que pour le deuxième.

    Concernant cette utopie je la trouve très intéressante. Pour être honnête cette sorte de grosse communauté me plairait énormément. Et pourtant je ne suis vraiment pas quelqu’un de social mais il me semble que lorsqu’on veut s’isoler on le peut toujours. Quand à l’éducation de enfants par un groupe qui n’est pas forcément les parents, je trouve que c’est une excellente idée. On a tous des qualités, des défauts et il me semble que les tâches devraient être confiées aux personnes les plus compétentes pour les accomplir; l’éducation des enfants en faisant partit. Mais peut être suis-je d’accord avec cette vision des choses car je ne souhaite pas d’enfant.

    Par contre j’ai presque honte de ne pas avoir reconnu Antigone alors que j’ai lu maintes fois cette pièce et l’ai même jouée. Va falloir que je me rafraichisse la mémoire.

  10. Le probleme de l’utopie est qu’elle mene a la tyranie, car elle nie le caractere de l’Homme. Elle amene une approche ideale a laquelle tout le monde adhere, et face aux derives de l’Homme devient tres vite totalitaire, je pense notamment a la vision Orwelienne. Je ne suis pas pessimiste, je crois juste au realisme politique et l’Utopie raisonne en moi comme un danger imminent, car l’Homme aussi utopiste soit-il, une fois au pouvoir reste rarement aussi sympatique, prendre les humains avec leurs realites et tenter de gerer a grande echelle c’est complicated…
    Ton livre a tout de meme l’air interessant, je vais le lire. 🙂

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