UN « AMI » QUI VOUS VEUT DU BIEN ?


Je me suis levée de très bon pied ce matin : un grand soleil, un délicieux petit-déjeuner à savourer, un sujet pour le blog à préparer, bref… tout allait bien.

Et puis, dans ma promenade matinale habituelle de blog en blog, je suis tombée sur un article qui, d’un coup, a fait chuter ma bonne humeur à la vitesse grand V. Si j’aime bien le blog en question, je n’ai pas du tout, mais alors pas du tout aimé cet article et, encore moins, le sujet dont il était question. De quoi s’agissait-il ?

En fait, cet article vantait les mérites d’un site web et d’une application pour téléphone qui répond au nom de My Fitness Pal, ou ‘mon ami Fitness’ si vous préférez… Vous voyez déjà un peu de quoi je veux parler. Alors, qu’est-ce que cet ‘ami’ de la forme vous veut au juste ? Comme beaucoup d’autres outils du même genre, ce cher camarade est en fait une calculatrice de calories qui vous permet de calculer à la Kcalorie près ce que vous ingérez dans une journée (fastoche si on est adepte des plats tout préparés, un peu moins si vous êtes plutôt du genre ‘popote maison’). Jusque là, je n’aime pas, mais je supporte.

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La grande nouveauté avec ce joujou électronique, c’est qu’il est personnalisable et qu’il va beaucoup plus loin que le seul calcul des calories ingérées… Non, cette appli maline vous demande tout d’abord de vous inscrire et de répondre à un certain nombre de questions sur votre âge, votre taille, votre poids, votre activité physique et votre degré de sédentarité… Mais pourquoi faire ? Et bien, tout simplement pour calculer le nombre de calories qu’il vous faut ingérer quotidiennement en fonction de ces critères. Après, c’est un petit jeu de calcul, dans lequel les calories dépensées au cours d’une activité physique viendront faire le contrepoids de celles ingérées tout au long de la journée, avec pour but suprême, bien sûr… de ne pas dépasser le chiffre astreint par la machine.

☛ Donc, concrètement, mettons que vous êtes une jeune fille de 17 ans, que vous mesurez 1m65 pour 54 kg, que vous allez au lycée à pied, restez assise une majeure partie de la journée, et que vous être Capricorne (ok, là, j’affabule), et bien votre téléphone va donc vous dire qu’il vous ‘faut’ ingérer 1500 kcal par jour. Pas plus, pas moins.

Au petit-déjeuner, tout va bien, vous en êtes encore à 251 kcal. Au déjeuner, vous mangez modérément, ça monte à 824 kcal. Attention, voilà le goûter, oups, déjà 1001 kcal, mais c’est bon, vous marchez un peu plus vite et vous montez quatre à quatre les escaliers en rentrant à la maison, vous retombez donc à 933 kcal. Et là, mince, le dîner, puis le cocktail de trop… Vous explosez votre total de la journée : vous en êtes à 1637 kcal, il est 23h25, vous êtes fatiguée mais vous avez mauvaise conscience, la petite bête vibre méchamment contre votre cuisse qui, d’un coup, a comme un vilain air de cellulite de trop – que faire ? Et bien, il vous reste 35 minutes, allez donc faire un petit jogging !

Et c’est ainsi que, minuit approchant, vous vous retrouvez dans la rue, à courir bêtement sur le trottoir, sous la pluie battante, la mine défaite et le cheveu gras, pour revenir enfin à 23h59, satisfaite de voir que votre chiffre est redescendu à 1488 kcal. C’est bon, vous pouvez dormir tranquille. Vous avez même le droit pendant cette minute de répit avant de remettre les compteurs à l’heure à – allez, il faut fêter cela – un triple chewing-gum sans sucre (12 kcal), ou bien un sixième de pomme (sans la peau, attention), ou encore un huitième de cuillère à café de beurre de cacahuète… et dépêchez-vous avant que minuit ne sonne, petite Cendrillon ! Sinon, pour peu, vous commencerez la journée suivante avec déjà un malus – rien ne va plus !

Bon, j’avais pensé intituler cet article ‘Pour ou Contre Fitness Pal ?’, mais vous l’avez compris, je pense, je ne suis pas très favorable à ce genre d’outil. Pourtant, il faut savoir être fair-play et, avant de démonter l’usage de cette machine en bonne et due forme, il est de règle d’écouter ce que les défenseurs d’un tel jouet (dangereux) ont comme arguments en sa faveur.

☛ Arguments ‘pour’ :

  • Si je veux faire un régime, mon Fitness Pal est l’outil de choix ! D’ailleurs, selon le site web, pour perdre du poids, il faut simplement décompter les calories ingérées au quotidien, pour pouvoir mieux les soustraire – c’est même ‘prouvé’ scientifiquement !
  • Je ne connais ni mon corps, ni mes besoins, ni ce que m’apportent les aliments en général : mon Fitness Pal peut donc m’aider à savoir que je vais devoir courir 1h d’affilée à 12,5 km/h pour brûler ma part de pizza aux quatre fromages et bacon frit, alors que je n’aurai besoin que de monter une demie marche d’escalier pour annuler ma carotte crue.
  • Je me suis mis au sport il y a peu et, depuis, j’ai tout le temps faim : vais-je annuler mon double burger extra-large extra-cheesy grâce à mon initiation d’1/2 heure au Tai Chi ?
  • Mon Fitness Pal connaît tous les aliments que je mange: du triple Frappuccino du Starbucks au low-fat low-sugar low-sodium soy-creamer de ma boutique de quartier – c’est simple, avec lui, je peux tout ‘tracker’ !
  • Et puis s’il y a un aliment qu’il ne connaît pas – un gâteau maison, par exemple – pas de souci, mon Fitness Pal a la solution ! Je peux ainsi scanner mon gâteau grâce à la caméra de mon téléphone et le rentrer dans mon journal alimentaire ! Mon joujou ne connaît pas de limites…
Je vous épargne les nombreuses success-stories que l’on trouve sur le site, toutes, bien sûr, axées sur la mirifique perte de poids réalisée grâce au simple calcul de ses calories, car bien sûr, c’est connu, se nourrir, c’est mathématique !
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Que dire, que dire ?…

Si ce n’est que ce genre d’engin est dangereux, en plus d’être bête.

Qu’il induit la croyance que l’alimentation se limite à un bête calcul mental et que, comme une machine, nous fonctionnons à coup d’unités énergétiques ayant toutes la même valeur et la même utilité pour l’organisme.

Qu’il sous-entend que tous nos organismes sont les mêmes et fonctionnent de la même manière, alors que ces calculs sont basés sur des estimations et des moyennes.

Qu’il oublie qu’une portion de lentilles germées peut avoir le même nombre de calories qu’un Sunday à la vanille et au sirop de glucose-fructose, mais n’apportera pas du tout les mêmes nutriments au corps, pas plus qu’elle ne sera assimilée et utilisée de la même manière.

Qu’il fait l’impasse totale sur la qualité du produit, à savoir si celui-ci est cru ou cuit, s’il est frais et complet ou, au contraire, dénaturé, transformé et mis en boîte après ébullition, stérilisation et pasteurisation.

Qu’il fait l’oubli total des besoins de l’organisme, de l’utilisation et de la digestion des aliments par celui-ci : ainsi le corps n’a pas les mêmes besoins s’il vient de pratiquer une activité sportive ou s’il se prépare au sommeil.

Qu’il en oublie également que la notion de calories est, depuis longtemps, dépassée par des mesures qui permettent de mieux rendre compte de l’apport d’un aliment pour le corps, comme l’index glycémique et l’effet acidifiant ou alcalinisant généré par cette ingestion.

Mais si ce n’était que cela…

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Non, le Fitness Pal est bien pire que cela : ce ‘gadget’ électronique est doublement pervers.

D’abord, parce qu’il donne l’illusion que se nourrir est, tout comme une activité physique, quelque chose qui se mesure, se calcule, se contrôle. Et d’autre part, parce qu’il fausse entièrement notre rapport à la nourriture en laissant croire que, dans celui-ci, il n’y a pas de place pour l’instinct et le naturel.

Or qu’est-ce que manger si ce n’est répondre à un besoin vital ? Pour moi, cet outil est un leurre, le symbole d’une dénaturation induite par nos sociétés modernes, qui ont entouré de ‘culture’ l’alimentation en masquant ce qui est pourtant en son coeur : la nature. Parce qu’avec ce genre d’engin, l’acte de manger est vu comme une activité à entourer de notre contrôle, la nourriture est devenue un ennemi – un ennemi à traquer, à calculer, à maîtriser… Où est notre rapport naturel et instinctif à l’alimentation dans tout cela ? Comment entendre les signaux de notre corps et comment apprendre à y répondre ?

Nos envies, si elles ne sont pas dénaturées par les quantités d’ingrédients transformés et de faux-besoins induits par notre société de consommation moderne, traduisent des besoins physiologiques. De même, le corps donne des signaux de faim ou de satiété, qu’il nous faut réapprendre à écouter et à comprendre. N’avez-vous pas remarqué qu’il est des fois où vous êtes plus attirés vers des aliments sucrés que des aliments salés ? Ou, d’autres fois encore, que vous ignorerez tous ces beaux fruits juteux, pour vous diriger sans hésitation vers ces noix et noisettes qui vous font des appels à la Alice au Pays des Merveilles : ‘Mange-moi !’. Si vous êtes attentif, vous remarquerez également qu’un aliment n’aura plus la même saveur ni le même parfum en début de repas qu’en fin de repas. Ce phénomène d’arrêt instinctif fait que, quand la quantité d’aliments consommés est suffisante pour couvrir les besoins de l’organisme, le goût et l’odorat se modifient, et le plaisir gustatif est altéré. Plutôt pratique pour savoir vraiment où l’on en est, non ?

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Ce genre d’outils, comme toute volonté de calcul ou de ‘mathématisation’ de l’alimentation, donne l’illusion à celui qui souhaite perdre du poids qu’il lui suffit d’être ‘bon élève’ et d’obéir à sa petite calculatrice pour arriver à ses fins. Sans parler des désastres psychologiques que ce type d’attitude peut générer chez l’individu, allant de la mésestime de soi à l’anorexie, et dont l’aspect simple et ludique peut influencer dramatiquement des jeunes personnes jusqu’à les détruire mentalement et physiologiquement, en détruisant la moindre once de rapport naturel à la nourriture, cette machine donne l’illusion qu’on a ‘prise’ sur les choses. Qu’on a ainsi le contrôle sur son corps et que celui-ci est ‘mauvais’ et ‘faible’ tant que l’on ne parvient pas à respecter le quota de calories fixées pour la journée. Et pourtant, qu’y a-t-il ici sinon une relation de dépendance de plus ?

Manger, c’est écouter son corps, son ventre, ses muscles. C’est apprendre à suivre ses envies, ses instincts, ses appels vers les goûts divers que nos papilles expriment. C’est savoir entendre sa faim comme sa non-faim. C’est voir l’alimentation, non pas en ennemie, mais en amie – un processus qui fait du bien à notre corps et qui apporte la vie. Car manger, par-dessus tout, c’est oublier ces gadgets technologiques, c’est rejeter ces produits dénaturés, transformés, dévitalisés, c’est réapprendre à se tourner vers des aliments naturels, simples et entiers : ceux qui nous font plaisir et qui nourrissent notre corps.

Apprendre à écouter ainsi son corps, c’est justement apprendre à l’aimer.

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Et vous, de votre côté, qu’en pensez-vous ?
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42 réflexions sur “UN « AMI » QUI VOUS VEUT DU BIEN ?

  1. Déjà, c’est vraiment agréable de te lire.
    Je ne suis pas du tout pour ce genre de chose, c’est encore un cercle infernal. Déjà que bons nombres de personnes calculent tout, si maintenant des applications existent, où va-t-on ma pov’ dame 😉
    Hum, on vit tellement dans une société du paraître, faut être mince, grand/grande, comme ci ou comme ça…
    Pfff ça m’saoul !

    • Merci beaucoup 😉
      Je suis du genre plutôt zen mais ce genre de gadget a vraiment la capacité de m’agacer au plus haut point – surtout présenté de façon dithyrambique dans un article non-critique. Et surtout dans des blogs soi-disant ‘healthy’ que des gamines lisent comme des saintes-bibles et qui vont influencer leur rapport à leur corps et à l’alimentation à un âge où elles sont encore très malléables et ouvertes à un peu tout ce qui peut faire autorité…

      • Je ne sais pas pour myfitnesspal, mais sur SparkPeople, ils sont orientés vers l’éducation. Bien qu’ils ne vont pas très en profondeur, ils font quand même du bon boulot! J’ai vu très peu de gamines, plutot des femmes de 30-40-50-60 ans même 😉

  2. Je pense que vous démontrez d’une mauvaise attitude envers ce genre d’outil. Je comprends votre point de vue.. mais pour avoir utilisé moi même un site dans ce genre, je le vois erroné.

    Je suis tout à fait d’accord avec vous que la nourriture est quelque chose de positif et que c’est essentiel à la vie. Je pense que tout le monde est d’accord ici. Il ne faut pas penser que toutes les personnes sur ces sites sont stupides et obsessives, mais on ne part pas tous du même point.

    Se nourrir est un apprentissage (surtout si on a accumulé un surplus de poids, on doit souvent réaliser nos addictions physiques et émotionnelles et s’en débarasser), il faut avoir conscience de l’industrie et de ses gamiques pour les comprendre et les contourner. Les gens qu’on y trouve sont en général des personnes qui veulent prendre de meilleures habitudes alimentaires et perdre du poid; incorporer des activitées physiques dans leur vie dans le but d’améliorer leur santé et en discuter avec d’autres qui ont des buts similaires à des fins de motivation. Comme dans la vie, j’ai aussi vu sur ces sites des gens qui étaient abusifs.. mais c’est dans la nature des gens et non pas le site qui implante ces sentiments à l’intérieur des gens. C’est une différence importante à faire. Nous ne sommes pas des victimes.

    S’ils ont d’autres problèmes, émotifs ou psychologiques.. peut-être que pour eux ce genre de site est déclencheur.. mais pour la plupart des gens, c’est un moyen de comprendre ce que l’on mange et aide à visualiser ce que ça nous fait. Personellement, je n’ai jamais essayé d’absolument entrer dans les calories suggérées pour la journée, je l’utilise comme un simple guide. Je ne crois pas que les gens qui n’ont pas de poids à perdre ont un intérêt, et je pense que la plupart, lorsequ’ils ont atteint leurs objectifs, arrêtent de l’utiliser et sont plus instinctifs.

    🙂

    • Merci beaucoup de ton commentaire, Audrey, et merci de bien vouloir prendre le temps de nous faire partager ton expérience.
      Je sais que mes mots envers Fitness Pal sont durs et je souhaite apporter une nuance qui peut ne pas apparaître dans mon article : je ne condamne en rien les gens qui utilisent ce genre d’outils, mais bien ceux qui l’on mis au point et qui se font de l’argent dessus (par la publicité et les produits dérivés).

      Je note tout de suite une différence entre SparkPeople et My Fitness Pas : à la différence du 1er, My Fitness Pal ne fait pas ce boulot éducatif dont tu parles – pas de menus planifiés, pas de programme de gym personnalisé, pas de recettes, d’articles, de suivi… bref, pas cette pédagogie qui rapproche plus SparkPeople d’un classique coaching nutritionnel en ligne d’une simple calculatrice électronique. A la différence également de SP, Fitness Pal semble plus aisément accessible au grand nombre.

      Je comprends à la lecture de ton mail que tu es une personne forte mentalement, que tu as maintenant un rapport sain à la nourriture et que SP t’a aidée à perdre le poids que tu souhaitais perdre, sans pour autant avoir virer à un rapport obsessionnel aux chiffres et à l’alimentation, et je m’en réjouis. D’une part, ici aussi, je pense que SP offre plus de suivi que Fitness Pal, comme le ferait un programme d’aide nutritionnelle classique, tandis que Fitness Pal est un système simplifié, qui fonctionne uniquement à partir d’une base de données et ne propose pas ce coaching en ligne. D’autre part, si tous les gens ne sont pas comme la personne lambda que j’ai décrite dans mon article, tous les gens ne sont pas comme toi et, pour une personne qui a réussi à perdre du poids sainement grâce à ce genre d’outil, il y en a certainement une autre qui en ressort avec un rapport nettement moins sain à la nourriture.

      Cette relation dénaturée à l’alimentation est la grande maladie de notre époque. Rien qu’à comparer les chiffres des troubles alimentaires maintenant et ceux du début du XXè siècle, les choses sont claires. Tandis qu’auparavant, cette maladie n’existait quasiment pas, qui ne connaît, maintenant, dans son entourage quelqu’un atteint de tels troubles ou, tout du moins, qui n’affiche pas une relation saine avec la nourriture ? Pour surfer régulièrement sur le net et, plus particulièrement, sur le blogosphère, je comprends combien la promotion de ce genre de calculatrice peut influencer et entraîner un rapport malsain à l’alimentation. Je vois un certain nombre de (très) jeunes filles qui utilisent cet outil et dont tout le rapport à la nutrition est totalement dénaturé. Tout le monde n’a pas la même approche si ‘relâchée’ à ce programme que toi et, pour beaucoup, cela signifie un rapport de dépendance, d’addiction et de contrôle.

      Je ne doute pas, bien sûr, de la sincérité et de l’ingénuité des gens qui utilisent ce type d’outil. Pourtant, pour moi, c’est toute l’approche qui est à revoir. Parce que je pense fondamentalement que l’approche par les calories est fausse, à la base, je ne pense pas que ce soit celle à suivre. Tu dis que beaucoup de gens arrêtent d’utiliser ce programme une fois leur objectif atteint, certes, mais beaucoup l’arrêtent aussi parce qu’ils connaissent maintenant le ‘chiffre’ des calories qui accompagnent les aliments et qu’ils n’en ont plus besoin. Les kilos sont partis, mais le ‘marquage’ demeure. Comment parler d’instinct alors ? Certes, il est bien que les gens savent ce qui va dans leur assiette, mais je pense qu’il est plus utile d’en connaître la composition plutôt que l’unité calorifique : type de graisses, nutriments essentiels, glycémie, action anti-oxydante, à savoir, ce qui est ‘bon’ pour mon corps ! Le beurre de noisette est plus calorique que le nutella, mais pourtant je préfère mille fois manger le premier ! 😉

      Apprendre à avoir un rapport sain et instinctif à la nourriture passe peut-être par une meilleure connaissance de ce que l’on mange, mais surtout par le fait de se faire confiance et d’écouter son corps. Avec ce type de programme, ce n’est plus le corps qu’on écoute, mais bien le programme – qui tente de nous plaquer dans des moules, les moules des soi-disant ‘corps’ qu’il faut que nous ayons tous. C’est cette idée de norme que je remets en question. Avoir le droit d’être maigre, celui d’être gros, le droit à la différence et au bonheur d’être en dehors de la norme, c’est celui-là que je défends par-dessus tout.

  3. il n’y a rien à ajouter, tu as raison sur toute la ligne… J’aime ta façon d’écrire et de t’exprimer et je te suis sur toute la ligne! Cet objet/application je ne sais quoi est à bannir… Merci pour ce bel article!

  4. Hello ! Je n’ai jamais essaye ce genre de gadget (a part une appli qui compte les pas et les kcal perdues en marchant, abandonnee au bout du premier essai). Peut-etre a-t-elle une utilite pour les personnes qui ont une hygiene de vie mal adaptee et pour lesquelles cette appli mettrait en evidence un desequilibre flagrant.

    Pour qqun de ‘normal’ cela ne peut qu’etre source de stress en les faisant se focaliser sur les 50 kcal de trop de temps en temps… et en incitant, meme pour qqun de mince, a reduire l’apport calorique histoire de mincir un peu.

    Et quoi de plus deprimant que de devoir rationnaliser, quantifier par des nombres, son alimentation ? C’est une forme d’alienation de la liberte de chacun. C’est si proche des mecanismes anorexiques (comptabilisation de la moindre calorie…) que cela me fait fremir.

    Et, comme tu le dis Ophelie, impasse totale sur les qualites nutritionnelles desdites kcal calculees par l’appli… Bref, avant de me forger un avis definitif, je veux bien avoir qq retours d’experience, mais a priori je dirais que ce gadget est plus dangereux qu’utile.

    Bonne journee !

    • Merci de ton point de vue, qui confirme ce que je pense au fond.
      Effectivement, peut-être du bon pour quelqu’un qui n’a vraiment aucune notion de nutrition (ça me rappelle ce procès récent d’une mère de famille à Ferrero qui ne savait pas que le Nutella était gras et sucré 😉 ) et qui a besoin de quelques règles générales, mais quel danger pour un grand nombre de gens ‘normaux’ et quelle tristesse également d’entretenir ce rapport à l’alimentation !
      Bonne journée à toi 😉

  5. J’ai trouvé ton article très intéressant, je m’attendais à je ne sais trop quoi. Les guillemets du titre pouvaient mettre sur la voie, mais il me fallait lire.
    Et du coup, ouais, ‘fin il est vraiment top ton article et je ne peux dire combien je te rejoins sur de nombreux points.
    Mais je pense que là encore (comme d’autres applications d’ailleurs j’imagine), c’est un peu une corde sensible, très ancrée dans notre société, et il suffit de tirer un peu dessus, et on se rend compte que ça touche une bonne portion de population. Ca fait parler, ça peut paraître utile pour finalement se révéler être un vrai démon portable.
    Je n’imagine même pas le seuil de culpabilité qu’on peut atteindre avec un truc pareil, que ce soit parce que l’on est pas atteint l’objectif calorique prévu, ou que ça soit parce qu’on a explosé le score en allant trois fois au restaurant à volonté dans la journée, en restant allongé dans sa chambre d’hôtel (non je n’exagère pas, jamais d’la vie !)

    • Merci beaucoup Löu !
      Oui, je me disais que le titre n’était pas forcément explicite et qu’on pouvait penser que je m’attaquais encore au sucre, au lait, ou autre… 😉
      Je me rends compte également (à en juger par les commentaires de mon article comme de l’article initial) que c’est un sujet très sensible effectivement. Et c’est bien pour cela d’ailleurs que j’ai voulu en parler, car, pour moi, ce genre d’outil est un peu le paroxysme de ce que l’on peut atteindre comme engin de déviation potentielle autour de l’alimentation… Cela peut toucher des gens dits ‘normaux’, ni particulièrement faibles ni spécialement enclins à développer des troubles alimentaires, mais qui, d’une manière ou d’une autre, verront leur rapport naturel à la nourriture biaisé et normé, sous couvert d’une petite appli ludique et rigolote…

  6. Le calcul des calories n’a rien de mauvais en soi, mais il n’est, comme tu l’as si bien montré, qu’une composante de l’alimentation. Si l’on ne se concentre que sur une partie, on peut rapidement perdre la vue d’ensemble. Ce qui est une erreur selon moi.

    J’ai expérimenté Spark People pendant quelques mois et je dois dire qu’il a une approche beaucoup plus globale. En plus du calcul des calories il tient compte aussi de l’aspect psychologique, de l’engagement personnel envers une meilleure alimentation, de l’effet de soutien de groupe et bien plus. Notez cependant que les végétaliens ou crudivores ne peuvent pas bénéficier des suggestions repas ou peuvent trouver pénible d’entrer les données nutritionnelles de graines germées ou autres aliments hors normes dans le système de calcul.

    • Merci de ton commentaire !

      Effectivement, même si je n’ai expérimenté aucun des deux programmes, Spark People me paraît moins ‘simpliste’ que My Fitness Pal : on a davantage affaire ici à un coaching diététique de type plus classique, tandis qu’avec le second, il me semble qu’on est entièrement laissé à soi-même, seul avec sa petite calculatrice à calories… et rien d’autre. Et dans ce cas, comment comprendre que manger 1 barquette de frites + 2 merguez cuites au BBQ + 2 plaquettes de chocolat au lait n’a pas la même qualité nutritionnelle qu’une alimentation équilibrée sur une journée, qui inclura une quantité d’aliments variés et colorés, quand, de chaque côté, on obtient à la fin 2000 kcal ?

      Pour ce qui des alimentations qui sortent un peu de la norme, ton avis confirme bien ce que je pensais : j’avoue que je n’ai aucune idée de la valeur calorique de mes graines germées… Certes, on peut faire des estimations à partir d’une quantité donnée sèche, mais si on oublie de le faire, étant donné que ces graines gagnent en volume au fur et à mesure de la germination, qu’elles se gorgent d’eau et de quantité de nutriments absents des graines sèches… qu’obtient-on à la fin ?

      Et puis, surtout, ce dernier point souligne une lacune essentielle, selon moi, de ce type d’outil : nos différences !
      Différences de choix et de mode d’alimentation, différences physiologiques (et mentales), vécu du corps (on ne perd pas de la même manière du poids si l’on a déjà entrepris plusieurs régimes par le passé), contexte (stress, sommeil…), etc. Bref, ce calcul peut être pratique dans des circonstances particulières et, surtout, quand il y a un accompagnement derrière : à part ça, ce ne me semble pas être la panacée ! 😉

  7. Tu as bien raison 😉 Un peu de bon sens tout de même…Comment un logiciel bête et méchant pourrait savoir ce qui est « bon » pour notre organisme ! C’est prendre un sacré risque que de remettre sa santé entre les « mains » (virtuelles !) de ce genre d’outil débile !!! Parce que je ne pense pas qu’il ait fait bcp d’études en biologie et en nutrition…Perso, j’ai déjà parfois du mal à avoir confiance en l’être humain, alors en un programme informatique, pffffff…!

    • Attention, certains te répondront qu’il vaut mieux faire confiance à une machine (‘objective’) qu’à un être humain (‘subjectif’)… Mais je ne pense pas non plus que mon pote Fitness ait fait des études très très poussées sur ces questions ! 😀 Pour ma part, je fais confiance en mon ventre, et ça me suffit ! 😉

  8. ça fait dix ans que je ne suis pas montée sur une balance…tant que je tiens à l’aise dans mes vêtements d’il y a 15ans , je continue de manger autant que je veux et le bidule n’arrivera pas chez moi…..( surtout que le pauvre, il aurait du mal chez une adepte de la consommation de plantes sauvages…..)

    • Ah, je suis contente de voir que nous avons la même vision des choses. Non, vraiment, tu ne crois pas que My Fitness Pal reconnaîtrait la bourrache et les aspergettes ? Chez moi, encore faudrait-il que j’ai un téléphone qui ait ce genre d’application ! 😉

  9. Décidément je trouve ce blog extrêmement intéressant.
    Je suis contre ce genre de gadget que je trouve aussi très dangereux.
    J’ai réappris à manger seule, comme une grande, en écoutant mon corp il y a presque un an. Je suis très gourmande et je vois ça comme ma plus grande qualité. La nourriture est un vrai plaisir pour moi tout comme la vie en général. Chaque repas est avalé avec joie parce que préparé dans l’envie et le goût. Mon corps à besoin de certains aliments à certain moment souvent en lien avec mon état d’esprit et jamais une machine ne pourra m’aider à écouter et comprendre tout ça.
    Le corps doit être tendrement écouté.

  10. Cette objet est la porte ouverte aux TCA (troubles du comportement alimentaire).
    Il n’apprend pas aux personnes concernées à se nourrir correctement ou de manière plus équilibrée en cas de surpoids mais à exercer un contrôle sur son corps et c’est là que peuvent être induits tous les excès…
    Cela devient une course aux calories et rien d’autre.
    Si certain(e)s arrivent à remettre en question leur façon de s’alimenter, je doute fortement que ce soit la majeure part qui sera concernée.
    La culpabilité ressentie lorsqu’on dépasse le « score » entraîne un cercle infernal.
    La compensation devient rapidement une option pour se consoler d’avoir été faible, de ne pas avoir respecté les recommandations du petit joujou pervers.
    Non, décidément je te rejoins et ton article m’a bien amusée et est fort bien tourné 😉
    Ca me fait penser à toutes ces méthodes toutes plus miraculeuses les unes que les autres où les personnes sont prises en otage comme chaque année à l’approche des vacances !
    Je crois sincèrement que si ceux ou celles qui, chaque année s’astreignent à un régime pour passer le test du maillot, réussissent à perdre plus ou moins quelques kilos, ceux-ci se voient récupérés rapidement pendant les congés et, c’est tout confortablement que la mauvaise saison pointant le bout du nez, ils/elles pourront à nouveau se cacher derrière pulls, manteaux et autres vêtements confortables…jusqu’à la prochaine saison 😦
    Il n’y a aucun apprentissage, aucune piste, pas de guide pour se nourrir mieux et équilibré. Encore un outil de marketing payé par des personnes fragiles au détriment de leur santé.

    • Merci beaucoup de ton précieux commentaire Virtuelle.
      Que dire, sinon que tu as su trouve les mots pour ce que je redoute le plus avec ce genre d’outil ? Comme ce que je redoute d’ailleurs dans l’idée plus générale, comme tu le suggères, de ‘régime’, surtout sous sa forme saisonnière (les ravages des soi-disant magasines ‘féministes’ et le ‘Objectif : moins 3 kg pour l’été!’).
      Le plus triste dans tout cela, c’est que les gens ont, une fois de plus, une approche ‘consommatrice’ à ce type de programme : on investit pour obtenir des résultats immédiats, qui ne dépendraient pas de nous mais devraient survenir ‘comme par magie’ – avec, à la clef peut-être, des procès en diffamation faits aux concepteurs de méthodes de régime en cas d’échec… quand les gens comprendront qu’être bien dans son corps n’a rien à voir avec la norme d’un poids idéal ni avec le nombre de calories calculées par une machine, on aura fait un très grand pas 😉

  11. Je déteste ce genre d’applications!!! J’ai des soucis de surpoids (que j’apprends a corriger depuis quelques mois) et j’ai une très mauvaise image de moi, de mon corps et de la nourriture!!! J’ai un rapport avec la nourriture très particulier , j’ai été boulimique très longtemps, avec des périodes ou après chaque crise je me faisais vomir, d’autres ou j’ingurgitais et souffrais en silence (sans refaire sortir), encore aujourd’hui la moindre contrariété me fait sombrer dans l’abondance de nourriture et dans les excès avec une issus tout sauf agréable.)
    Et bien sûr, quand on va mal dans son corps on fait toujours attention a ce que disent les autres, et encore plus aux magazines , TV etc….
    j’ai donc moi aussi fini par il y a plusieurs mois, télécharger une application dans le genre, je me disais que oui ça m’aiderait !! Application de me*de, régime de me*de, tout était réunis!! et le danger c’est qu’au moindre écart on culpabilise, au moindre écart on se sent épié par tout le monde…. Je trouve ces applications très malsaines, elles enfoncent les gens plus qu’autre chose et seulement les gens mal dans leur peau vont se diriger vers elles…

    Aujourd’hui , et ce depuis 10 mois, je suis en plein rééquilibrage alimentaire, un peu de sport (en plus de mon emploi qui est très physique) et je ne me refuse rien !! J’essaie de prendre la vie comme elle et j’essaie (je dis bien j’essaie) de ne plus faire attention aux regards des autres, je ne lis plus de magazines féminins etc…. Bien sur l’image que j’ai de moi est toujours là. Quand il y a du mieux je finis toujours par trouver que je ne suis pas encore comme je voudrais mais je pense tenir le bon bout et je suis sûre et certaine d’une chose : ce genre d’applications, de conseils etc ne servent à rien !!!

    • Merci beaucoup de ton témoignage qui est très touchant.

      Nous sommes tous, à plus ou moins forte dose, marqués par un certain nombre de facteurs, comme le regard d’autrui ou les normes esthétiques en vigueur, qui peuvent parfois jouer un rôle dominant dans notre rapport au corps. Il semble qu’aujourd’hui plus qu’à toute autre époque, pour tout un tas de raisons, un certain nombre de tourments et de questionnements trouvent leur exutoire dans notre relation à l’alimentation et, justement, dans la maîtrise (ou la non-maîtrise) de celle-ci. C’est bien justement parce que je pense que les troubles alimentaires ne sont que des symptômes révélateurs d’autre chose plus profond, et qui auraient pu se traduire d’une toute autre manière dans un autre contexte temporel et social, que je suis très, très opposée à la promotion de programmes de ce type. Pour moi, comme tu le soulignes, ils n’aident absolument pas à avoir une relation saine à l’alimentation, mais au contraire, ils peuvent servir de catalyseur et d’encouragement à développer une relation tout sauf naturelle à celle-ci, et qui peut être très dangereuse.

      Je suis très heureuse pour toi de voir que, depuis presque un an, tu as su trouver un équilibre qui te convienne et dans lequel tu t’épanouisses plus. Comment une machine pourrait permettre cela ? Tu sais, nous ne sommes jamais comme nous le souhaiterions, mais c’est bien justement parce que nous ne sommes pas les ‘robots’ programmés par ce type d’outil : nous sommes tous et toutes différentes, et c’est cela qui fait notre richesse ! Même loin des soi-disant ‘normes’ ou ‘standards’ de beauté, chacun d’entre nous est unique et c’est bien cela qui fait sa valeur.

      Merci encore de ton commentaire et bravo !

  12. Je trouve ton article super et tellement complet.
    Le fait de raffiner les aliments à l’extrême, je pense que c’est très proche de cette idée « d’unité énergétique » qui se valent toutes. Et en ajoute les vitamines/minéraux/etc en avalant des cachets 0 calories, avec la dose journalière nécessaire soigneusement calculée et contrôlée bien sur. Bien sur…

  13. Bravo, moi aussi j’approuve ta position à 200% !!! Je suis passée par cette obsession des calories au sortir de l’adolescence (à l’époque où les appli dont il est question ici n’existaient pas, mais il y avait déjà d’autres outils sur le net !) Résultat : combien d’années de ma jeunesse passées à abîmer mon corps et mon âme dans les affres de l’anorexie, puis de la boulimie. J’ai fini par faire la paix avec la nourriture en arrêtant de compter les calories et en écoutant mon corps, exactement comme toi et divers commentaires le suggèrent, et en réintroduisant les matières grasses, légumineuses et céréales à ides glycémique bas que j’avais bêtement banies en bloc…. (ben oui, c’est tellement calorique ! Sauf que sans gras, pas de satiété… ) Bref, je pourrais parler de mon expérience pendant des heures, mais elle est tristement banale : il n’y a qu’à observer le phénomène de « yoyo » sur nos connaissances qui font des régimes, les jeunes filles à la caisse des supermarché avec 3 sachets de crudités prêtes à l’emploi, sûrement adeptes de Fitness Pal ! Si seulement ton article pouvait éviter à des gens de tomber dans ces pièges-là !

    • Merci Lyse,
      C’est vrai, quand ce n’était pas Fitness Pal, c’était d’autres calculateurs, et quand ce n’était pas les calories, c’était les mythes environnant le gras, les féculents, etc. J’avais des amies qui se précipitaient sur les aliments tout préparés pour regarder leur nombre de calories… pas grave si ces calories venaient du sucre blanc plutôt que de lentilles, ou d’huile de palme plutôt que de bonnes noix, ce qui comptait, c’est qu’il y en ait moins ! J’aimerais tellement que l’on puisse promouvoir un rapport sain à la nourriture… pas ces repères déséquilibrés et dangereux que les media nous donnent à longueur de temps !

  14. mais qui vous dit qu’un utilisateur de cette application est forcément malheureux et aurait un rapport complexé à la bouffe ? Rien à voir, si on est un imbécile, cette application n’y changera rien. Ca n’empeche pas d’avoir une education de base en matière d’aliment ou de choisir des produits de qualité. Pourquoi toujours prendre ces applications pour autres chose que ce qu’il ce sont vraiment: des outils. Ce qui est stupide c’est de croire ce ces applications sont soient dangeureuses soient réponse à tous les problèmes du monde. C’est un outil.

    Vous allez me détester, mais je viens de découvrir cette application qui se synchronise avec ma balance connectée (withings) et mon petit pulse qui mesure la dépense d’energie quotidienne! Et j’adore ça, ca donne un coté ludique (genre hier pour atteindre les 10000 points quotidien je suis rentré à pied). Et rien ne m’oblige à le faire si je ne veux pas. C’est ludique, c’est drole, c’est sympa, c’est comme dans un jeu, ça fait plein de graph dans tous les sens, ça me permet de me poser la question de choisir mes aliments. Et strictement aucune sensation d’être obligé, d’être enfermé dans un cadre imposé par un régime.

    Et ça ne m’empeche pas du tout de choisir de bon aliments si je le veux.

    • Ne vous inquiétez pas Gaetan, je ne vous déteste pas du tout !
      Je comprends comment cet outil, bien utilisé et dans le cadre d’une alimentation bien menée, peut être parfaitement inoffensif. Mais le souci, c’est qu’il y a beaucoup de gens ayant un rapport tourmenté à l’alimentation qui se précipitent sur de telles applications qui, loin de les aider à avoir une approche plus équilibrée à leur corps et leur santé, les fait au contraire plonger dans une tentative de contrôle plus poussée. C’est pourquoi, je ne suis pas favorable à ce genre d’outils, étant donné le nombre croissant de TCA dans le monde occidental, mais j’imagine tout à fait que des gens sains et équilibrés, comme vous, prenne plaisir et intérêt à les utiliser !

  15. J’espère ne pas être trop hors-sujet, mais je trouve que l’exemple de cette application illustre parfaitement le problème plus large de l’informatique, qui envahit tellement nos vies qu’on ne pense même pas à la remettre en question. On se dit que ce n’est qu’un outil « neutre » qui peut être utile comme nuisible. Or l’informatique est porteuse d’une logique bien définie. C’est un outil industriel, et même militaire à l’origine. Il sert à quantifier, contrôler, rationaliser. Et on l’a massivement importé dans nos vies quotidiennes, en nous faisant croire qu’on en avait besoin.
    Dans les années 80, personne n’en voyait l’intérêt, au point que le gouvernement a du distribuer gratuitement le minitel pour le faire entrer dans les foyers. Les travailleurs voyaient même d’un mauvais œil l’arrivée de ces outils, qui permettaient un contrôle plus strict de leur travail, pouvait servir au flicage des entrées et sorties, etc.
    Cette logique, un peu camouflée aujourd’hui sous un aspect ludique, s’applique à ce que nous avons de plus humain, de plus intime, en le réduisant à du quantifiable. On parle d’ailleurs de « quantified self » (quelle horreur). Cet exemple de l’application qui mesure les calories le montre bien. On est censés gérer nos corps comme on gèrerait une entreprise. On est trop sédentaires? Plutôt que d’agir à l’origine du problème (télé, ordinateur…), on va utiliser des logiciels qui vont nous inciter à faire du sport en calculant nos progrès, en nous donnant des objectifs chiffrés.
    La multitude d’objets connectés que les fabricants (Withings notamment, je ne veux pas leur faire de pub mais le commentateur précédent en parle) et les médias vont désormais essayer de nous vendre va étendre cette logique toujours plus loin. Il existe dorénavant une alèse connectée à mettre dans son lit, destinée à mesurer différents paramètres pour évaluer la qualité de notre sommeil, et agir dessus via un système de lumière ou de de sons déclenchés par le programme associé.
    Médecine, diététique, sport, enseignement, lecture: la liste des domaines que l’on soumet petit à petit à cette logique numérique pourrait être longue. Hélas, bien peu de critiques se font entendre sur cette rationalisation de nos vies. On nous fait même croire que c’est ce qui sauvera le monde, alors que ces technologies, j’en suis convaincu, sont tout à fait désastreuses, aussi bien pour nos modes de vie que d’un point de vue écologique, sans parler des diverses formes d’exploitation nécessaires à leur production.

    • Oh non, tu n’es pas du tout hors-sujet et, j’ajouterai, ton intervention est très intéressante !
      Merci beaucoup de ton commentaire, je partage en bien des points ton opinion, et c’est pourquoi, d’ailleurs, j’évite les téléphones ‘intelligents’ ! Je n’ai pas besoin de logiciels ou d’applications qui me disent comment vivre ma vie et qui essaient de la modéliser… Et si l’on arrêtait un peu toutes ces machines et que l’on commençait à vivre ?..

  16. Alors que je parcourais un peu ton blog (friande de lecture que je suis!), je tombe sur cet article et je tiens à dire bravo, pour cette démonstration. Je suis tout à fait d’accord, et j’espère un jour que ces « sciences » que sont la nutrition / la diététique, prendront un peu de recul. C’est de la folie, mais je ne le résume pas aussi bien que les docteurs Zermati et Apfeldorfer dans leurs ouvrages. Réduire le corps humain, les activités, la nourriture à des chiffres c’est faire l’impasse sur des questions autrement plus importantes comme la qualité, la nature des nutriments mais aussi la culture, le lien social.

    • Merci beaucoup Amélie-Marie !
      Alors, je n’ai pas lu les livres des Dr. Zermati et Apfeldorfer, mais je les ai pas mal entendu à la radio ou ai lu des interviews dans divers journaux, et je crois que j’aime décidément beaucoup leur approche… Si seulement ils pouvaient faire taire Dukan !.. 😉

  17. Je réagis également ! Je viens de lire l’article « 180 jours » et maintenant celui-ci. Et finalement, les réalités qu’ils recouvrent ne sont pas du tout éloignées l’unes de l’autre, ils montrent bien dans quelle psychose le monde actuel s’est enfoncé.
    Je viens d’un tout petit village de campagne, mon oncle élèvait dans le respect ses animaux et les tuait en fonction de ses besoins. Le cochon avait bien le temps de grandir plusieurs années, les poules avaient tout un parc, les moutons un beau pré, on faisait des gouzis aux lapins… bref.
    Les applis sont bien le reflet qu’effectivement, dans nos sociétés ultra modernes et sophistiquées, on ne sait même plus faire la chose la plus élémentaire et archaïque qui soit : se nourrir, nourrir son corps, le respecter.
    L’acte de se nourrir s’appelle aujourd’hui matraquage publicitaire et supermarché, dans lesquels les gens s’engouffrent dans les rayons d’une abondance dont ils ignorent pour la plupart son contenu. L’important, c’est de remplir son caddie et son ventre (et donc ça implique aussi des productions en masse à coups d’élevages cruels et de bains de pesticides et j’en passe… enfin, je n’apprends rien à personne) mais aussi il faut que la nourriture remplisse le psychisme, alimentation plaisir en permanence, du sucre pour activer les zones cérébrales des circuits de récompense. Et d’un autre côté, il faut être mince et en bonne santé. Mais sans avoir appris à équilibrer. Donc, imaginez le conflit psychologique…
    J’en ai été victime moi même et pendant longtemps, la nourriture a été mon ennemie. Ce genre d’application m’aurait tentée alors et j’aurais épié la moindre calorie. Il est possible que j’aurais essayé de gérer mes angoisses et ma culpabilité en focalisant sur cet outil. Alors que je ne suis pas une personne faible ou limitée dans mon esprit critique. Car cela touche aux angoisses d’une société, malgré soi, on est happé.
    Je pense que l’éducation du goût et d’une alimentation saine est complètement passée à la trappe, dans les foyers, de même que le respect de ce que l’on ingurgite. SI l’on respecte la nourriture et de par là même la manière dont ils ont été produits, on lui donne la place qu’elle mérite car elle est le reflet du respect de soi même.
    Depuis que j’ai fait la révolution dans mes placards et mon frigo, je me suis réconciliée avec tout cela. J’ai même l’impression de manger plus et de plus me faire plaisir sans culpabiliser avec ce que j’aurais appelé avant des « écarts ». La vraie ennemie c’est l’alimentation industrialisée. Alors, certaines personnes pourraient penser que ce genre de discours est extrémiste. Mais je suis simplement triste qu’elles n’aient pas conscience du mal qu’elles se font.
    Encore une fois, avec ce genre d’appli, on se fait de l’argent sur les angoisses des gens en essayant de leur faire croire que cela va les aider, mais ça n’a au final qu’un effet renforçateur…
    Eduquons plutôt que de brider.

    • Oh, merci pour ta participation, Marie-Laure (ah, non, c’est Maryolor, aujourd’hui ! 😉 )
      Je n’ai pas grand chose à ajouter car je pense exactement comme toi, tu as tout dit ! (et bien en plus ! 😉 )

      • Ah oui zut ça a marqué mon identifiant wordpress !
        En fait je n’ai pas apporté grand chose de nouveau !
        Mais hier encore quand je suis partie faite une grande balade et que j’observais les gens dans les parcs, qui sont complètement dans le paraître… Eh bien ça fait aussi écho à cet article… J’ai beaucoup de mal à me reconnaître dans cette société là !
        Merci pour ces articles pertinents qui remettent les choses à leur juste place ! 🙂

  18. Merci pour cet important point de vue. Ayant vécu l’expérience de l’anorexie, je peux confirmer que c’est ce genre d’applications (et il en existe des centaines, applications, articles dans des magazines futiles ou simples préconisations de personnes pensant savoir à votre place ce qui est « bon pour vous ») qui nous entrainent à se penser « pas assez bien », à ne pas écouter ses instincts, à se priver pour se gaver ensuite pour combler le manque d’apports… Végétalienne depuis un an, je commence doucement à remonter la pente mais les cicatrices de ma « vie d’avant » sont encore très sensibles, et même si j’ai compris aujourd’hui que le plus important est de s’écouter, d’essayer de se respecter au même titre que l’on respecte la vie, il reste cette petite voix qui nous demande si on ne ferait pas mieux d’obeir à ces fameuses regles mathématiques qui nous évitent d’accepter ce que l’on ressent… Merci donc pour ce post, qui m’a fait du bien et confortée dans mes idées encore vacillantes.

  19. Je suis entièrement d accord avec vos propos, la nouvelle technologie nous utilise ā mauvais escient, nous ne sommes pas tous égaux face à la nourriture, comme vous le dites il faut écouter son corps et ne pas tomber dans leur piège.

  20. Bonjour,
    Je viens de lire votre article avec intérêt mais je ne suis pas sur la même ligne… Ce type d’application ne doit pas être pris pour autre chose que ce qu’il est: un outil… Qui ne remplace pas notre capacité de réflexion, de choix et de décision. Je m’en sers depuis 3 mois parce que cela m’aide a avoir conscience des quantités de calories (mais aussi de glucides/lipides/protéines) que j’ingère… je me sers aussi d’une balance alimentaire… Je ne vais sans doute pas tarder a remiser tout ça parce que je commence a avoir une perception juste de ce qui est « sain » ou pas pour moi (j’avais des soucis de cholestérol). C’est vrai qu’en faisant un saut sur le site, et notamment sur la « communauté », c’est bien souvent affligeant… de bêtise, de naïveté, mais aussi parfois de détresse.
    Bon, ceci dit c’est, il est bien évident que si je me suis retrouvée a chercher un calculateur de calories, c’est parce que j’avais un problème de surpoids (alimentation trop riche + sédentarité)… Il est certain que pour des personnes déjà bien dans leur corps (et a fortiori dans leur tête), l’instinct est sans doute le meilleur guide… puisqu’il les a guidés jusque là… Et je compte sur le mien pour prendre le relai une fois que j’aurai posé les outils (MFP+balance alimentaire)

  21. Bonjour,
    Votre article me fait également réagir. J’ai été moi même utilisatrice de cette application et contrairement à vous je la trouve plutôt bien faite. Je comprends très bien votre point de vue et je pense qu’il peut s’avérer parfois quelques peu dangereux pour certaines personnes qui laisseraient cette application contrôlé leur vie.
    Pour ma part elle a été très positive, je suis végétarienne depuis plusieurs années et mange donc principalement des repas fait maison, il est donc plus compliqué pour compter les aliments mais cela se fait avec un peu de volonté. J’ai choisis cette application pour deux raisons, une toute simple la perte de poids mais aussi le rééquilibrage alimentaire! Eh oui, j’ai tendance à faire un peu trop l’impasse sur les protéines végétales et l’application m’a forcé à y remédier, de même pour le sucre que je mangeais en bien trop grande quantité, je suis très gourmande 🙂 Du coup aujourd’hui je mange beaucoup mieux, en ayant utiliser l’application dans sa totalité et pas seulement dans le compte de calories. Faisant plus de sport que la majorité des personnes je n’avais, la plupart du temps, aucun problème pour ne pas dépasser l’objectif (qu’on peut d’ailleurs changer de nous même!! tout comme le % de glucides, lipides et protéines, l’application ne donne qu’un ordre d’idée!). Je me suis même fait rappeler plusieurs fois à l’ordre quand je n’avais pas manger assez, l’application me prévenait des risques que je prenais pour ma santé, cela m’a obligé à compléter ma soupe du soir avec un complément lorsque je revenais de ma séance de sport (après laquelle je n’ai souvent pas faim).
    Finalement je dirais que cette application a beaucoup de bon, enfin pour ma part elle a été positive. Après il faut être capable de prendre du recul, si un jour on dépasse de 500 calories aucun problème, on baissera de 80 calories le reste des jours (ou pas) puis cela s’équilibrera au fil des semaines!
    Je trouve ton site intéressant et vais surement essayer plusieurs de tes recettes.
    Bon week end, Delphine P

    • Marrant, j’ai également découvert très récemment cette application, végétarienne j’essaye ces dernières semaines de moins consommer de fromage/œufs et je m’en sers pour jeter un oœil aux protéines et fer consommé. Côté calories, je me rends surtout compte que du lundi au jeudi je suis plutôt sous la limite, et le week-end au dessus, donc tout s’équilibre. Je ne sais pas comment c’était il y a 4 ans, mais on peut se créer des recettes. Et puis pour les quantités je ne pèse rien, c’est tout à l’œil. Mais clairement ça peut avoir un impact négatif sur des personnes faibles, cependant beaucoup de choses sont à double tranchant, on ne peut pas tout prévenir.

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