5 ERREURS À ÉVITER QUAND ON DÉFEND LES ANIMAUX

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Des erreurs, personne n’en est exempt. Pas même les véganes ou les défenseur·e·s des animaux. Peut-être devrais-je même plutôt dire : surtout pas les véganes et les défenseur·e·s des animaux. Car oui, des erreurs, nous autres activistes animalistes en faisons plein. Fiers hérauts de la cause animale, nous voulons la défendre à tout prix. A tout prix ? Oui, même quand cela implique de foncer tête baissée dans le mur ou de promouvoir des idéologies plus ou moins dangereuses. Bien sûr, certaines de ces erreurs ont des conséquences plus ou moins importantes : certaines n’affectent que le mouvement végane et animaliste lui-même, ce qui tend seulement à desservir sa cause, tandis que d’autres ont des répercussions plus larges dans la société. Faisons ensemble le tour des erreurs les plus communes quand on défend les animaux et voyons comment les éviter.

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« Go vegan or go home ». C’est un peu ce que beaucoup de militant·e·s véganes ont en tête lorsqu’iels s’adressent à des non-véganes pour les alerter sur la condition animale. On est végane ou on n’est rien et si on n’est rien, on se la ferme. Plutôt que les encourager, on dénonce bien fort les lundis sans viande ou, pire, le végétarisme (vil suppôt de Satan). Oui, parce que ça paraît un brin hypocrite, pour ne pas dire spéciste, de promouvoir la demi-mesure en matière de droits des animaux. Si un lundi sans viande, c’est ok, pourquoi pas un jeudi sans battre sa femme ou un dimanche sans viol ? Et puis, on fermerait les yeux sur le végétarisme, qui exclut bœuf et cochon au nom du bien-être animal, mais qui se contrefiche des vaches laitières ou des poules pondeuses, pourtant elles aussi promises à l’abattoir.  Bref, pourquoi épargnerait-on les un·e·s et pas les autres ?

Tout simplement parce que chaque question de justice sociale est différente et parce qu’on devient rarement végane du jour au lendemain. La plupart des gens passent d’abord par une phase d’élimination, où iels éliminent tantôt les mammifères, tantôt les bébés animaux, avant de passer au végétarisme, de buter sur leur addiction au fromage et aux vestes en cuir, avant, enfin, de devenir végétalien·ne·s, puis véganes. Et il n’y a pas de mal à cela. Le seul mal là-dedans, ce sont les véganes trop zélé·e·s qui jouent aux gendarmes dès que vous avez le malheur d’avouer une bouchée de camembert ou de reconnaître qu’un pull en laine traîne encore dans votre armoire. Bienveillance, on a dit. Encouragez, accompagnez, guidez, mais pitié, cessez de rabrouer qui n’est pas au même stade que vous. Le mieux est l’ennemi du bien et, soyons honnêtes, faire quelque chose plutôt que rien, c’est déjà très bien. Avancer pas à pas est d’ailleurs gage d’un changement plus assuré et plus durable, comme je vous l’explique, études scientifiques à l’appui, dans mon prochain livre.

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Décembre, Paris, place de la République. Les barquettes géantes de polystyrène déversent leurs êtres humains nus et – faussement – ensanglantés. Tous gesticulent sur le bitume et poussent des cris à fendre l’âme. Plus loin, quelques activistes interpellent les passant.e.s, panneaux « Stop bourreaux ! » fièrement épinglés sur leur poitrine bariolée de peinture rouge. Le matin-même, les murs d’une boucherie voisine ont été recouverts de « Assassins ! Go vegan ! ». Même si ces différentes manifestations ne sont pas forcément liées, toutes témoignent d’une certaine violence, que celle-ci soit symbolique, sous la forme d’une performance publique, ou morale, à travers des slogans accusateurs. Bien sûr, beaucoup d’entre vous pourraient me répondre que ce type de violence n’est rien au regard de celle dont les humain·e·s font preuve à l’égard des animaux, et c’est vrai.

Pourtant, si la violence, ou le spectacle de la violence, ne doit pas être utilisée par les organisations animalistes, c’est parce que celle-ci n’est pas efficace. Certes, les événements organisés dans l’espace public sont importants : ils unifient le mouvement et lui donne une visibilité au regard de la société. Mais l’étude des mouvements sociaux montre aussi que les campagnes non-violentes ont plus de chance de voir leurs revendications aboutir que les campagnes violentes. Pourquoi ? Tout d’abord parce que les mouvements non-violents touchent plus de gens et engrangent plus de soutiens, que ce soit au niveau individuel ou institutionnel, parce qu’ils sont plus résilients face aux tentatives d’oppression ou d’instrumentalisation, et, enfin, parce la réaction populaire sera plus importante si on tente de les museler. On pourrait par ailleurs ajouter que le spectacle de la violence engendre un certain effet miroir : quand on voit une personne avoir recours à la violence, même pour la dénoncer, on a tendance à penser que c’est elle qui est à l’origine de cette violence. Cela veut dire que quand on voit des activistes véganes baigner dans une mare de sang, on a tendance à se dire : « Beurk, ils sont super violents, les véganes ! ».

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Autre écueil classique de l’activisme animaliste (et ce qui le différencie principalement du véganisme) : dire pourquoi il faut arrêter d’exploiter des animaux, mais ne pas dire comment le faire. Résultat : des personnes en plein dilemme, qui voient bien que manger tous les matins des œufs au bacon est problématique, mais qui ne savent pas comment y remédier. « Mais je vais mourir de faim ! », « Je ne peux pas manger que des légumes ! », « Je vais avoir des carences ! », « Mais comment on remplace la viande ? ». Bref, un sentiment d’échec qui peut se faire auto-destructeur, façon « Je suis un monstre et je ne peux rien y faire ». Autre issue possible : se jeter à corps perdu dans le véganisme, sans boussole ni repère, pour en revenir, quelques mois plus tard, carence en B12, diplôme d’insociabilité et lassitude culinaire sous le coude.

Etre végane, ça ne s’improvise pas. Alors, de la part des activistes, c’est bien beau de dénoncer le spécisme et l’exploitation animale, mais quand ce n’est pas suivi de soutien pour aider à concrétiser les nouveaux idéaux, c’est râpé. N’oublions pas que, selon une étude menée par le Humane Research Council, 84% des végétarien·ne·s ou véganes se remettent tôt ou tard à manger de la viande et/ou des produits animaux. Je ne vais pas revenir ici sur les raisons qui poussent ces personnes à abandonner le végéta*isme, car c’est un sujet que je développe en profondeur dans mon livre, mais il y a deux remèdes à cela : d’un côté, pour les apprenti·e·s végés, il faut préparer sa transition avec patience et attention ; de l’autre, pour les activistes véganes, nous avons le devoir de donner des solutions à toutes les questions que nous soulevons. Des solutions pratiques et concrètes, que l’on aide à mettre en place. Donc, pourquoi, mais aussi et toujours, comment.

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Que vous soyez végane ou non, vous avez très certainement déjà vu ces militantes PETA dans la rue, à moitié nues qu’il vente ou qu’il neige et, surtout, quel que soit le propos défendu. Une manifestation contre les cirques ? Hop, celle-là portera un ensemble léopard férocement échancré ! Une performance pour dénoncer la fourrure ? Prenons-les minces, blanches et drapées uniquement de cache-tétons en moumoute tachetée, voilà qui fera l’affaire ! Cette objectification du corps des femmes transparaît dans un grand nombre de visuels de l’organisation américaine, qui s’attaque également aux personnes grosses, aux adolescent·e·s touché·e·s par l’acné ou aux personnes racisées. Autrement dit, le véganisme n’hésite parfois pas à verser dans le sexisme, le racisme, la grossophobie, le body-shaming et autres oppressions sociales du même chef pour défendre sa cause.

Cela pose une question essentielle : toute stratégie est-elle bonne pour promouvoir les droits des animaux ? Bien évidemment, la réponse est non. D’abord, parce que, les études le prouvent, la nudité ou l’objectification du corps féminin sont contre-productives pour défendre la cause animale. D’autre part, parce que les stratégies reproduisant des formes d’oppression ou de discrimination à l’égard d’autres groupes sociaux sont problématiques. On ne construit pas une maison en prenant des briques à un mur pour en bâtir un autre. Ce n’est pas parce que les animaux non-humains sont, à l’heure actuelle, les victimes les plus nombreuses des êtres humains qu’il faut s’asseoir sur la souffrance d’autres groupes humains. Encore moins participer à celle-ci. Alors, avant de prendre part à tout événement public ou toute campagne de promotion du véganisme, demandez-vous au préalable si ceux-ci ne versent pas – même involontairement – dans le sexisme, le racisme ou d’autres formes d’oppression.

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En lien avec ce dernier point, celui des privilèges. Avoir des privilèges, c’est le fait d’appartenir à un groupe dominant et de ne pas subir les oppressions et discriminations perpétuées par ce groupe à l’égard des groupes dominés. Quand on parle de véganisme, un privilège, c’est par exemple avoir du temps pour partir en quête des options végétaliennes dans sa ville, c’est avoir de l’argent pour s’acheter des fromages végétaux et sortir dans des restaurants véganes, c’est avoir le bagage culturel et les dispositions mentales pour faire le tri dans tous les conseils nutritionnels qu’on trouve sur Internet. De la même manière, oublier ses privilèges quand on est végane, c’est oublier que tout le monde ne peut se payer des pulls en chanvre et des chaussures en fibres d’ananas, c’est oublier que tout le monde ne peut pas venir chercher son enfant le midi à l’école pour lui épargner le repas non-végane de la cantine, c’est oublier, enfin, que tout le monde ne se défait pas de ses habitudes culinaires en un claquement de doigts, surtout lorsque celles-ci font écho à des troubles du comportement alimentaire ou sont bâties sur un héritage culturel difficilement compatible avec le véganisme.

Si vous habitez une grande ville, n’avez pas d’enfants à charge, bénéficiez de revenus confortables, avez une relation apaisée à l’alimentation et faites partie de la culture ethno-nationale dominante, alors il vous faudra redoubler d’attention quand vous vous adresserez à d’autres personnes, que ce soit pour les convaincre de devenir véganes ou parce que vous seriez tenté.e de les blâmer si elles n’y parviennent pas. Il n’est pas évident de se mettre à la place des autres et moi-même ai-je très souvent oublié de le faire dans mon propre activisme. Pourtant, j’ai pris conscience de ma positionnalité privilégiée et j’essaie maintenant de l’avoir en tête quand je m’adresse à autrui. Je sais cette entreprise imparfaite, mais j’espère par là susciter d’autres prises de conscience et, ainsi, œuvrer à une meilleure accessibilité du véganisme à toutes et à tous. Je vous encourage à faire de même.

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Bien sûr, il y a quantité d’autres pratiques discutables que je pourrais relever ici, mais mon but n’était pas d’être exhaustive. J’ai par ailleurs choisi volontairement de ne pas rentrer dans les détails de telle ou telle tactique, car je préférais vous donner un aperçu de ces différents points, que je souhaite ouverts à la discussion. Si ceux-ci vous intéressent ou vous interpellent, sachez que je les aborde en grande partie dans mon prochain livre (qui sort le 24 mai !). Je peux aussi tout à fait les traiter plus en détails ici : il suffit de me le demander !

J’ajouterai une chose : je ne souhaite ici condamner personne. Nous avons tou·te·s, à différents moments de notre activisme, eu recours à des arguments ou des tactiques que nous n’utiliserions plus forcément à l’heure actuelle. J’ai conscience d’avoir moi-même tenu ici des propos que je regrette à présent. Mais c’est aussi ça, réfléchir sur ses propres pratiques ! Ca permet d’évoluer, de s’interroger, de s’améliorer, bref, de ne pas rester figé·e et de faire en sorte d’être plus efficace et plus altruiste dans son militantisme. Des avancées, en somme, plus que positives !

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Sources des images : Gratisography, Unplash, PETA et Grist

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Et vous, qu’en pensez-vous ?

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96 réflexions sur “5 ERREURS À ÉVITER QUAND ON DÉFEND LES ANIMAUX

  1. Ahhhhh merci, enfin ! Il est vraiment temps que tous les véganes influent.e.s prennent position sur ces questions… car les erreurs de quelques uns ont engendré une vague de véganes problématiques. Votre pouvoir d’influence est énorme, rien qu’à voir dans les commentaires tous les gens devenus VG grâce à un blog ou une chaine youtube.

    Je ne comprends pas pourquoi les positions de la Société Végane ne sont pas plus connues et partagées :

    – la B12, la B12 et toujours la B12. Ça devrait être rappelé après chaque recette, après chaque prise de position.
    Beaucoup trop de VG (les végétariens et « fléxi » devraient aussi) ne se supplémentent pas à cause de la désinformation de quelques-un.e.s, ou parce que ça ferait s’écrouler l’idée selon laquelle « nous ne sommes pas fait pour manger des produits d’origine animale »…
    Hors la seule raison pour laquelle nous pouvons ne pas en manger c’est que nous savons produire de la B12 en labo.

    – Rejet des images violentes http://www.societevegane.fr/documentation/pourquoi-etre-vegane/specisme-antispecisme-et-carnisme/

    – Sujet sensible haha : arrêter de parler d’antispécisme !!! http://www.societevegane.fr/documentation/pourquoi-etre-vegane/specisme-antispecisme-et-carnisme/
    d’autant que l’idée que une fourmi = une vache = un humain justifie de fait de parler du « viol des vaches »

    Voilà, vive la B12 !

  2. Merci pour cet article très juste, je suis végétarienne depuis peu et j’affirme haut et fort que ni les discours agressifs des veganazis ni les images cruelles balancées à outrance sur les réseaux sociaux ne m’ont incitée à faire ce changement, c’est un changement qui doit venir de notre volonté propre, et il faut aussi accepter que d’autres ne fassent pas ce changement et féliciter ceux qui ne font « que » réduire leur consommation animale. Surtout quand on a été omnivore dans le passé, c’est vraiment malhonnête de pointer ceux qui le sont juste parce qu’on est « devenu mieux » (ce qui est un point de vue subjectif de plus)

  3. Salut Ophélie, un grand BRAVO à toi pour ta pédagogie et ta bienveillance, et MERCI 🙂 un bon mémo à garder en tête et chérir !

  4. Tout à fait d’accord avec vous
    Surtout pour le premier sujet, c’est vrai que ce n’est pas facile de changer toute son alimentation du jour au lendemain. Pour ma part, j’ai été élevée à la campagne où je voyais les animaux vivants avant de passer par mon assiette, ce n’était pas facile… mais nos parents nous disaient que la viande était nécessaire à notre croissance et qu’il fallait qu’on apprécie ce qu’on avait la chance d’avoir, beaucoup d’enfants en étaient privés, d’ailleurs si on choisissait la quantité que l’on voulait, on ne sortait pas de table sans avoir fini son assiette, par respect, (du coup je culpabilise toujours beaucoup au restaurant quand je ne peux pas finir mon assiette…)
    Adulte, j’ai donc très vite commencé par ne plus manger de viande de cheval ou d’âne puis la viande de bébés animaux et maintenant cela fait 8 mois que je ne mange plus aucune viande mais j’ai 63 ans!
    Tout ça pour dire qu’il faut donner le temps aux gens de changer sans les culpabiliser inutilement.
    Le changement vers une alimentation végan à 100% ne peut se faire sans brûler les étapes précédentes (végétarien) enfin je le pense et je vois de + en + de personnes qui sont attirées par mon changement d’abord par curiosité puis peut être pour l’un ou l’autre des arguments que j’avance, à savoir :
    – pour une raison éthique : je n’arrive plus à ne plus faire le lien entre l’animal, être doté d’une sensibilité et d’une intelligence et le morceau de viande
    – pour une raison logique : j’ai appris qu’il fallait 17 kg de céréales pour faire 1 kg de viande donc la population mondiale ne faisant qu’augmenter, il faudra bien qu’on apprenne à se nourrir autrement si on refuse de voir la population des pays les plus pauvres, mourir de faim parce que les céréales qu’ils cultivent sont destinées à engraisser le bétail qui fournit la viande aux populations les + riches
    – pour une raison biologique : j’ai aussi appris que les carnivores avaient un intestins bien plus court que les herbivores et que nous humain nous avons un intestin très long donc notre organisme est bien plus fait pour digérer des végétaux que de la viande.
    Je pense aussi que les générations futures seront plus rapides et perméables au changement que ma génération, ils auront été initiés plus tôt et par leurs parents pour la plupart, et c’est tant mieux!

  5. Merci beaucoup pour le paragraphe sur l’objectisation du corps des femmes. Je pensais être la seule à penser ça mais je suis rassurée de voir que non…
    Personnellement rien que pour ça je boycotte Peta, jamais je ne leur verserais le moindre centime tant qu’ils n’arrêteront pas ce genre de campagne et qu’ils ne se seront pas excusés auprès des femmes pour le mal qu’ils leur ont fait avec leurs photos plus que salissantes.
    Tant pis ! Mon argent ira pour d’autres associations de défense animale !

  6. Je suis carniste et fier de l’être… et toutes les manifs/arguments pro-vegan n’y changeront rien.

    Néanmoins je suis plus que surpris de votre propos… vous êtes littéralement la première vegan que je croise qui est vegan et modérée en même temps. J’avoue être vraiment partagée… d’un côté, je trouve ça intelligent, très mâture et ça donne (presque) envie d’être ok avec vous… d’un autre côté, je suis content que les veganazi continuent leur spectacles qui font peur à tout le monde car cela ralentit l’acceptation de votre cause voire favorise son rejet.

    En tout cas, je vous souhaite bien du courage pour convaincre vos paires de vos propos…

    • Bonjour

      Je ne saisis pas pourquoi vous êtes content que la cause vegane n’avance pas plus vite. Ça me fait le même effet que ceux qui jugent la sexualité des autres. Chacun fait ce qu’il veut, aussi bien avec ses fesses qu’avec son assiette il me semble.

    • Les véganes modérés sont de loin les plus nombreux, il suffit de voir le nombre de commentaires d’accord avec cet article pour s’en rendre compte. En fait, les véganes extrémistes sont pour les autres véganes ce que les terroristes sont aux musulmans: une minorité bruyante au point que le grand public s’imagine que toute la communauté est pareille, alors qu’elle est en réalité en total désaccord avec ça.
      D’ailleurs, pour ceux que ça intéressent, j’avais vu un autre article intéressant sur ces véganes extrémistes qui s’en prennent même aux autres véganes, pour vous dire à quel point ils sont dissociés du reste du groupe! https://peuventilssouffrir.wordpress.com/2015/10/19/humilier-les-veganes-nuit-aux-animaux/

  7. Merci pour cet article qui m’a beaucoup intéressée! Non, devenir vegan n’est pas simple cela soulève mille questions, sans compter les problèmes pratiques. Dans le numéro de Vegane, que j’ai lu Avec intérêt, il y a un article oú justement l’auteur défend une position « vegan ou rien », arguant que c’est beaucoup plus efficace et que l’on progresse plus vite en se donnant des objectifs radicaux. Je ne suis absolument pas d’accord, je ne suis pas vegane mais fais des efforts pour réduire autant que possible la consommation de produits d’origine animale; et je trouve ce genre de message totalement décourageants et assez présomptueux!
    Je fais partie des chanceux qui ont les moyens financiers de se montrer exigeants sur l’alimentation, mais d’autres questions se posent. Mes 2 enfants ont tous 2 des problèmes digestifs, et mon 2 ème des allergies alimentaires en sus. Eh bien c’est tout bonnement impossible d’être vegan quand on souffre de syndrôme du colon irritable, que l’on est allergique en pleine croissance! Parce que la viande est bien plus digeste pour eux que les aliments végétaux riches en protéines et en fer (lentilles, oléagineux). Jea mange quasi plus de viande et poissons mais je leur en cuisine, cela m’embête mais je ne peux faire autrement! Avec toutes les évictions nécessaires, j’ai parfois l’impression qu’il me faudrait un bac +5 en nutrition pour m’en sortir…
    Quant la cantine, je travaille à extérieur de la maison et n’ai d’autre choix que d’y faire manger mes enfants, mais de toute façon, sachant que c’est pour eux un moment important, et qu’ils aiment ce temps passé avec leurs copains, je ferais le choix de privilégier ce plaisir « social ».
    Bref, pas simple d’un point de vue financier, social (bon courage pour trouver des alternatives au resto!), digestif, nutritionnel…
    On pourrait encore en parler longtemps mais cela soulève beaucoup de questions pour moi (et si tout le monde se met se gaver de fromage végétal aux noix de cajous, comment on produit tout ça? On ne risque pas des catastrophes avec ce genre de chose? Ou c’est moi qui ai l’esprit tordu?) mais je crois que tout effort est bon à prendre, je crois que vu la consommation moyenne de produits animaux de nos concitoyens, il y a du boulot avant de vivre en veganie!

    • Je me pose la même question que toi pour le fromage végétal ! je ne trouve pas ça écologique du tout de manger des noix de cajou, des amandes … On risque de se retrouver avec des production intensives comme pour l’huile de palme si on s’y met tous ;o( Mais … pour ma part je trouve que l’on peut se passer de fromage et que les cajou peuvent « juste » servir occasionnellement ou peut être juste au début de la transition. Mais faut il entendre aussi ce point de vue écologiste :o) Par contre je n’ai jamais eu de souci au resto mais j’y vais très peu.

  8. Globalement je suis d’accord avec tout ce qu’il y a dans cet article.
    Aussi le « tout ou rien » rend presque la cause sectaire. Ça dessert complètement notre cause d’avoir des éléments violemment moralistes. On devrait plutôt envoyer des messages positifs et accompagner les gens vers une transition puis un nouveau cap, plutôt que de les culpabiliser, c’est contreproductif.
    Superbe article xx

  9. Bonjour Antigone,
    Merci pour cet article super intéressant ! Si la plupart de ces points me paraissait évident (on ne les rappelle jamais assez), il est vrai que le comment est souvent oublié. Je vais méditer la dessus.
    Particulièrement d’accord aussi avec le point sur les groupes sociaux. Je suis végé ET féministe et ça m’agace profondément de voir des femmes à moitié nu, mais pour servir de « bonnes » causes. Je suis ravie d’apprendre qu’en plus cela ne fonctionne pas.
    Pour compléter en particulier ton premier point, voici un article qui propose la tolérance quelque soit le régime alimentaire de l’autre : http://ecologie-citadine.com/vegetariens-vs-vegetaliens-vs-flexitariens-acceptons-de-ne-pas-etre-daccord/

  10. bonjour

    Je suis végétarienne mais parfois je n’ai pas le choix (cantine ou réunion ou je mange un sandwich jambon ou je meurs de faim !)
    je suis aussi partagée quand à ces modes qui nous font manger des quantités de noix de cajou ou d’amande au détriment de la nature , de la déforestation ou de la sécheresse , ou du quinoa que les agriculteurs d’Amérique du sud cultivent exclusivement au détriment de leur propre alimentation.
    je me considère aussi comme privilégiée d’avoir accès à une alimentation différente , de ne pas devoir par manque de moyen acheter du jambon en plastique, etc…
    je me supplante en vitamine B12 et D , je varie le plus possible mon alimentation et j’explique ma démarche mais je n’essaye jamais de convaincre d’autres personnes, j’espère juste que mes bocaux remplis de légumes, de légumineuses leur donnent envie d’en manger plus .
    et le véganisme je ne suis pas prête, assez forte , disponible , et j’ai une passion qui me sert de méditation, je tricote de la laine
    belle journée à tous
    Sylvie

  11. Ping : PETIT POÈME VÉGANE | Antigone XXI

  12. Merci Ophélie pour cette invitation à la bienveillance. Ça fait du bien de voir que toi aussi tu penses que les végéta*iens/véganes n’ont pas un but de missionnaire. Je pense aussi que c’est à chacun de faire son petit bonhomme de chemin, surtout sur les questions aussi personnelles que l’alimentation et plus existentiel encore, sur l’évolution de la conscience humaine.
    En tout cas continue à nous écrire pleins d’articles, ils sont tellement variés et intéressants!
    A quand ta prochaine conférence en France?

    Blandine

  13. Wow et rewow!
    On voit trop souvent des véganes enragés prêts à couper la tête du premier « sale mangeur de cadavres ».
    L’approche violente fonctionne pour certains, mais elle tend surtout à activer les mécanismes de défense et à renforcer la dissonance cognitive.
    Je suis tout pour une approche honnête, mais qui tient compte des limitations de chacun. Cela dit, je déplore les gens qui préfèrent se voiler les yeux et se cherchent constamment des excuses pour ne pas cheminer. Allons tous ensemble dans la bonne direction!
    Merci infiniment Ophélie pour ce texte!

  14. Mais du coup que pensez vous des Femen ? ^^ En lisant le paragraphe 4, plus que les militant PETA, ce sont de mages de FEMEN qui me sont venu en tête.

  15. Merci pour ce très bon article, très clair, très bien écrit. Très instructif. Vraiment merci (je ne suis pas vegan ou végétarienne, mais j’y suis sensible : je mange peu de viandes – et c’est tout à fait ça qu’on a tous besoin d’entendre) Oui le mieux est l’ennemi du bien!

  16. Salut, Salut 😊
    Excellent article qui résume bien ma façon de vivre le veganisme, et mon « imperfection » parfois. J’en parle souvent avec une amie qui connaît d’autres vegans un peu extrêmes et qui me faisait part de sa difficulté parfois ou même de son angoisse, à les inviter à dîner et surtout de sortir avec manger en exterieur ou d’avoir des conversations sur le mode de vie vegan… car effectivement ils sont catégoriques sur beaucoup de points et ont un regard extrêmement culpabilisateur… Mon amie a déjà fait de gros progrès dans son mode de vie ( alimentation, responsabilisation, éthique etc) et personnellement je trouve ça super et je l’encourage dans ce quel à déjà mis en place ou dans ses questionnements s’il y en a. 😉

    Merci à toi pour ces articles extrêmement riches en contenus et intéressants. Je trouve notamment dans cet article le passage sur l’environnement social, financier, géographique… des individus (vegans ou non) très juste. Effectivement tout est à prendre en compte et se mettre à la portée des gens et tout aussi bénéfique 😊

    Belle fin de semaine à tous.
    Life is beautiful 😄

    Severine

  17. Bravo pour cet article! Je ne suis pas passée ici depuis un bon moment, mais j’apprécie toujours autant ta plume et ta façon de penser. Bon courage pour la rédaction de ce livre qui s’annonce passionnant!

    Sur une note personnelle, alors que j’avais entrepris une grosse démarche vers le végétarisme – ayant en tête de moins consommer + mieux consommer, pour arriver à vegane, j’ai été littéralement dégoûtée par les virulentes attaques de personnes vegane engagées sur Twitter que j’ai pu vivre et voir dans mon entourage.

    En exemple particulier, quand une personne militante avec plusieurs milliers de followers, reprend tes propos -concernant l’arrêt de l’élevage industriel pour un élevage de campagne, en te traitant de monstre, ça donne simplement envie de jeter l’éponge. J’étais – suis toujours! – parfaitement consciente que l’élevage, qu’il soit industriel ou raisonné et avec moins de mauvais traitement, reste de l’élevage, ce serait déjà un gros progrès que de se débarrasser de ces monstrueuses usines à viande… Du moins c’etait ce que je voulais dire. Mais le jugement sans appel et sans aucune ouverture de cette personne et sa communauté m’ont éloignée quasiment 2 ans, du sujet. J’ai pu voir des amis se faire reprocher leurs demarches parce que ne pouvoir résister aux œufs, ou craquer de temps en temps sur de la viande c’est être « traitre » à la cause. Le tout ou rien, c’est le mal!

  18. Bsr,
    Je pense que quand on a vu la lumière on aimerait que tout le monde la voit aussi et je peux comprendre certaines assos dites » violentes ou extrémistes » par leurs actions même si je ne les partage pas toutes. Comme disent certains « le chacun son rythme » pendant que des animaux sont masacrés peuvent être aussi douloureux à entendre. Je comprends tes propos de bienveillance et cela me fait penser aux propos de Mélanie Joy qui vont dans le même sens pour militer. Quant à Péta je suis partagée. Cela me fait penser aux Femens et je me demande parfois si leurs actions sont toutes à jeter.

  19. Bonjour,

    Que pensez-vous de ce point de vue (vu qu’il se base sur les méthodes d’une lutte qui a fonctionné : La fin de l’esclavage des noirs en occident) :

    Citation : Tiphaine Lagarde (269 Life Liberation Animale) :

    « Que ces nombreux adeptes de la modération et du compromis viennent nous fournir les preuves que cette stratégie a, un jour, porté ses fruits… À cette fin, nous leur recommandons vivement la lecture de l’excellent ouvrage de Barrington Moore intitulé « Les Origines sociales de la dictature et de la démocratie » (1969) qui pointe du doigt les atrocités engendrées par l’excès de modération.
    Facile d’appeler au changement en douceur lorsqu’on n’est pas soi-même du côté des opprimés, lorsqu’on ne porte pas le numéro 4234 et qu’on vit ses dernières heures dans la bouverie crasseuse d’un abattoir… Pour ne citer qu’un seul exemple, il suffit de se souvenir comment les défenseurs de l’apartheid en Afrique du Sud recommandaient une « évolution graduelle » de la situation et appelaient la population noire à la modération. Si l’A.N.C. (Congrès national africain) avait écouté les bons conseils des modérés, Nelson Mandela serait mort en prison et le pays aurait sombré dans le chaos.
    N’en déplaise à certains esprits frileux, on peut être pragmatique et absolutiste ! Opposer les deux est un non-sens total et reflète le manque d’expérience de ceux qui tiennent ces propos réducteurs. Ainsi nous rapportons ce second exemple fort intéressant : quand au printemps 1960, le mouvement des « sit-in » a éclaté dans tout le sud des Etats-Unis, il est tout de suite apparu comme un écart radical, un extrême par rapport à la patiente et modérée stratégie initiée par la NAACP. Les grands magasins du sud ne proposaient avant le mouvement des « sit-in » qu’un compromis sous la forme d’une augmentation du nombre de lieux de restauration ségrégués pour les personnes noires. Beaucoup disaient : « C’est déjà bien… Acceptons et saluons cette initiative ». Toutefois les étudiants qui pratiquaient les « sit-in » choisirent de maintenir leur position « absolutiste » et n’ont pas cédé à ce compromis. Ils eurent bien raison car s’ils furent contraints d’attendre quelques mois de plus, finalement toutes les cafétérias durent abandonner la ségrégation raciale sous la pression du mouvement qui ne faiblissait pas.

    Chez 269 Libération Animale, nous avons fait le choix de nous soustraire à ces diktats pour construire un véritable mouvement dissident et conflictuel de désobéissance civile insuspectible de récupération par le secteur de l’exploitation animale.
    Nous sommes des radicaux et extrémistes, fiers de l’être, et combattons non seulement le spécisme mais aussi l’excès de modération qui tend à gangréner le milieu antispéciste et vegan au sein duquel nous évoluons pour l’instant.
    Nous ne voulons pas que la société Bigard propose une gamme « végane » de produits et accepte le dialogue, nous voulons qu’elle disparaisse.
    Le spécisme est le fruit des institutions du pouvoir politique et économique ; dès lors selon nous, il est impossible de transformer les conditions d’existence des opprimés en pactisant avec ces mêmes institutions puisqu’elles en sont responsables.
    Nous agissons à visage découvert et revendiquons nos actes illégaux puisque nous cherchons à mettre en place un nouvel activisme solide et pérenne et que la désobéissance ne peut être pertinente comme stratégie que si elle est assumée publiquement. »

  20. Bonjour Ophélie,
    Merci beaucoup pour cet article qui est très juste.

    Concernant le « tout ou rien » je trouve pertinent le fait de rappeler que nous vivons, du moins en France, dans une société qui ne nous permet pas d’être végane à 100%. Et oui, l’agriculture végane n’en est qu’à ses début, et qu’on le veuille ou non, lorsqu’on consomme des fruits et légumes bio locaux et +++, il y a quasi-systématiquement recours à des intrants provenant des abattoirs.

    Alors voilà, à partir de quel moment sommes nous réellement véganes ?
    Il semblerait bien que ce mode de vie reste un idéal, et qu’il tient à chacun de nous d’y tendre suivant ses possibilités.

    La Vegan Society définie le véganisme comme :

    « Le mode de vie qui cherche à exclure, autant qu’il est possible et réalisable, toute forme d’exploitation et de cruauté envers les animaux, que ce soit pour se nourrir, s’habiller, ou pour tout autre but. »

  21. Ping : Lovely Pretty Stuff #37 - Eleusis Megara

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