HARO SUR L’ALU !

Je me suis rendu compte après avoir publié ma recette de déo maison que j’avais été un peu brève sur la question aluminium. Mis à part vous indiquer que ce n’était pas bon pour la santé, je n’ai pas vraiment développé, pas plus que je n’ai traité le volet environnemental. Pourtant, j’ai l’impression qu’on entend beaucoup de choses sur la question, et un peu tout et son contraire… Il est temps dès lors de faire une petite mise au point !

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L’aluminium est un métal qui n’a aucune fonction physiologique, contrairement au fer ou au magnésium dont notre organisme a besoin : pourtant, on le retrouve partout, de nos cannettes à nos confiseries, en passant par nos produits cosmétiques… Les fabricants l’utilisent comme adjuvant dans les médicaments et les vaccins, il bloque la transpiration, facilite l’absorption des crèmes de beauté et durcit le vernis. Depuis plusieurs décennies pourtant, la toxicité de l’aluminium est mise en cause par de nombreux experts qui pointent du doigt sa nocivité sur la santé et l’environnement. Qu’en est-il réellement ? Pourquoi continue-t-on de l’utiliser ?

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  • Qu’est-ce que l’aluminium ?

L’aluminium, à la base, est un métal, et même le métal le plus abondant de l’écorce terrestre. Découvert seulement au XIXème siècle, il n’existe pas sous forme pure dans la nature, mais on l’extrait d’autres minéraux, son minerai principal étant la bauxite. De par sa légèreté, sa malléabilité et sa résistance, il est un matériau de choix pour l’aéronautique, les transports et la construction. De par sa grande réactivité, il est également couru par les industries pharmaceutiques, cosmétiques et agro-alimentaires comme catalyseur et additif. A l’heure actuelle, un Français consomme en moyenne plus de 20 kg d’aluminium par an. Si l’aluminium à l’état pur est rarement utilisé, c’est sous ses formes composées qu’on le retrouve : sels, silicates et stéarates. Si ces deux derniers ne présentent aucun danger potentiel en raison de leur grande stabilité – pas de chance, donc, que de l’aluminium se libère – ce n’est pas le cas des sels d’aluminium. Le danger de l’aluminium, en effet, se présente essentiellement sous sa forme soluble : en tant qu’ions / sels d’aluminium. Pourquoi ? Parce qu’il peut ainsi se détacher des ions, notamment en milieu acide où sa solubilité dans l’eau croît rapidement. Il est alors facilement absorbé à travers la nourriture que nous consommons, l’air que nous respirons, ou la peau avec laquelle il entre en contact.

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  • Où le trouve-t-on ?

–  Dans les matériaux que nous utilisons : cannettes, barquettes, boîtes de conserve, ustensiles de cuisine, tubes de dentifrice ou de mayonnaise, aérosols, emballages souples, etc.… et bien sûr, le fameux papier aluminium – tous ces produits peuvent en libérer dans les aliments que nous consommons.

–  Dans l’eau : en France, les stations de traitement des eaux usées utilisent du sulfate d’aluminium pour faciliter la décantation. Manque de pot, une partie du sel d’aluminium est ainsi dissoute dans l’eau que nous buvons, en quantité infinitésimale, bien sûr, mais que nous absorbons régulièrement.

–  Dans l’alimentation industrielle : utilisés comme conservateurs, stabilisants, acidifiants, colorants, émulsifiants ou agents levants, les sels d’aluminium prennent le nom d’E520, E521, E522, E523, E 541, E 554, E555, E556 et E559. On les trouve dans les plats tout préparés, les fruits confits, en charcuterie (mais d’où vient le rose du jambon ? de colorants dont les sels d’aluminium sont les supports !), dans les confiseries et les décors de pâtisserie, les denrées lyophilisées (potages, purées et laits infantiles), mais aussi le sel, les compléments alimentaires et les fromages industriels.

–   Dans le lait animal : stocké dans des cuves ou bidons en aluminium, le lait est contaminé par l’aluminium. Quand il est déshydraté et à nouveau additionné de sels d’aluminium pour fabriquer du lait pour les nourrissons, son taux d’aluminium s’élève davantage – un problème, étant donné que les bébés y sont potentiellement plus sensibles que les adultes et qu’ils en reçoivent déjà de fortes doses dans leurs vaccins.

–  Dans les médicaments et les vaccins : les sels d’aluminium sont utilisés comme adjuvant dans les vaccins et entrent dans la composition de certains antiacides (ex. : médicaments contre les brûlures d’estomac).

–  Dans les cosmétiques : dentifrices, vernis à ongle, rouges à lèvres, brumisateurs, et bien sûr, les déodorants anti-transpirants.

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L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a récemment mis en garde contre la surconsommation d’aluminium, en conseillant de ne pas en consommer plus de 1 mg par semaine et par kilo de poids corporel. Pourtant, il n’existe aucune réglementation sur  l’aluminium et aucun fabricant n’en indique la quantité  utilisée dans ses produits. Nous ingérons quotidiennement une multitude d’aluminium issue de sources diverses : comment, dès lors, éviter la surdose ?

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  • L’aluminium : un danger pour la santé

Si les industriels nient toute nocivité des sels d’aluminium utilisés dans leurs fabrications, les études qui mettent en cause sa nocivité se font de plus en plus nombreuses.

Le débat n’est pas neuf : dès les années 1970, des experts mettent en cause le rôle de l’aluminium dans les maladies neuro-dégénératives, notamment Alzheimer. En 1999, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reconnaît la responsabilité des adjuvants à base d’aluminium dans les accidents survenus à la suite de vaccins contre l’hépatite B. Le laboratoire Pasteur continue pourtant d’utiliser des sels d’aluminium dans ses vaccins, plutôt que recourir, comme auparavant, au phosphate de calcium, tout aussi efficace et sans danger.

En juillet 2000, l’unité 330 de l’INSERM met en évidence un risque accru de démences, notamment de type Alzheimer, chez des individus exposés à des concentrations d’aluminium dans l’eau supérieures à 100 mg/L. On retrouve en effet entre 10 à 30 fois plus d’aluminium dans les cerveaux des patients touchés par Alzheimer que dans des cerveaux sains. Sans toutefois établir le lien exact entre aluminium et Alzheimer, des expériences montrent les propriétés neurotoxiques du métal.

En 2004, une expertise collective réalisée par l’Institut de Veille Sanitaire, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire et l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (InVS-AFSSA-AFSSAPS) reconnaît le rôle de l’aluminium dans des maladies neurologiques de type encéphatolopathie (une forme de démence qui se manifeste par des tremblements, des convulsions, ainsi que des troubles comportementaux et psychologiques),  des troubles osseux (ostéodystrophie), des anémies hypochromes (notamment chez les patients sous dialyse, fortement exposés à l’aluminium), et des sous-développements mentaux chez les enfants nés prématurément et ayant reçu à la naissance des solutions fortement dosées en aluminium.

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En 2011, l’AFSSAPS publie un rapport très critique sur l’aluminium dans les produits cosmétiques. Cette étude souligne que ‘l’exposition à des produits anti-transpirants […] ne permet pas d’assurer la sécurité sanitaire des consommateurs dans des conditions normales d’utilisation’, avant de conclure : ‘cette évaluation du risque ne prend pas en compte non plus l’exposition totale aux divers produits cosmétiques susceptibles de contenir de l’aluminium.’ Ses recommandations sont claires : restreindre la concentration d’aluminium consommée et ne pas utiliser de produits contenant de l’aluminium sur peau lésée.

Les femmes sont ici plus sujettes à l’absorption d’aluminium que les hommes : parce qu’elles s’appliquent souvent ce genre de produits après le rasage des aisselles, les micro-coupures permettent à l’aluminium de pénétrer plus facilement le corps, tandis que, chez les hommes, la pilosité fait davantage œuvre de barrière. Si le lien entre aluminium et cancer du sein n’a pas encore été clairement établi, on retrouve toutefois des taux d’aluminium beaucoup plus élevés chez les patientes atteintes de ce cancer que chez les sujets normaux. La raison ? Les anti-transpirants à base d’aluminium bloquent la transpiration et l’évacuation des toxines au niveau des aisselles ; celles-ci sont alors stockées dans les glandes lymphatiques, en dessous des bras : or c’est là que la plupart des cancers du sein trouvent leur origine. De même, on retrouve des traces importantes d’aluminium dans le lait des femmes allaitantes, si celles-ci utilisent des déodorants qui en contiennent.

Tout ceci n’est pas particulièrement réjouissant, je le reconnais, mais quand on se penche sur le volet ‘environnement’, on rigole encore moins.

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  • L’aluminium : un danger pour l’environnement

La production d’aluminium, tout d’abord, est énergivore : pour extraire le métal de son minerai, essentiellement la bauxite, une quantité très importante d’énergie est requise. Les producteurs d’aluminium ont souvent beau jeu de mettre en avant l’‘excellente’ recyclabilité de l’aluminium afin d’en vanter les mérites. Pourtant, ils passent sous silence deux choses. D’une part, cette recyclabilité est théorique : pour un recyclage optimal, il faut collecter, trier et faire fondre l’aluminium, ce qui nécessite une quantité très élevée d’énergie. D’autre part, ils ‘oublient’ également que la production d’aluminium est extrêmement polluante.

On relève trois types majeurs de pollution due à l’extraction d’aluminium :

–  D’abord, lorsque l’alumine est produite à partir de la bauxite : les rejets forment des phénomènes de ‘boue rouge’ qui contiennent de la soude et divers métaux lourds. En octobre 2010, le réservoir d’une usine d’aluminium s’est rompu en Hongrie, déversant plus de 600 000 m3 de boue rouge très corrosive dans la plaine et les cours d’eau voisins. L’environnement à proximité a été entièrement détruit, des milliers d’animaux marins sont morts, et c’est tout l’écosytème du Danube qui a été complètement perturbé.

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–   Ensuite, lorsque l’alumine est transformée en aluminium : on décèle une pollution au fluor.

–  Enfin et surtout, ce sont les rejets généraux dans l’atmosphère des usines d’aluminium qui sont particulièrement nocives pour l’environnement : métaux lourds, composés organiques volatiles, acide chlorhydrique, gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O) et ozone, pour n’en citer que quelques uns. Ces rejets sont absorbés par les nuages et retombent ensuite sous forme de pluies. C’est surtout en milieu acide (sol ou eau) que l’aluminium est le plus nocif de par sa plus forte solubilité. Il a alors une forte activité biocide, puisqu’il s’accumule dans les plantes consommées ensuite par des animaux, chez lesquels il provoque d’importants problèmes de santé : poids plus faible, problèmes pulmonaires, déclin d’activité, etc. Quand on sait que les problèmes s’accumulent en remontant la chaîne alimentaire, que penser des hommes qui mangent ces animaux ? 

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  • Un remède ?

Euh… pas de solution qui nous prémunisse intégralement en tout cas ! Le mieux est de tenter de restreindre au maximum son utilisation et sa consommation d’aluminium. Débarrassez-vous de vos ustensiles de cuisine en contenant (rayées, les poêles et casseroles à base d’aluminium sont encore plus nocives), n’achetez pas d’aliments en conserve ou de cannettes.

Au niveau alimentaire, évitez au maximum d’acheter des produits industriels transformés, qu’il s’agisse de pain, biscuits, confiseries, soupes et purées en sachet, jambon, fromage et charcuterie.

En cosmétique, ne choisissez que des produits garantis sans aluminium et privilégiez les compositions naturelles. Sachez qu’en cosmétique bio, les sels d’aluminium synthétiques ne sont pas autorisés, pas plus qu’ils ne le sont dans les préparations alimentaires issues de l’agriculture biologique. Alors, certes, vous mettrez 1 euro de plus dans votre déodorant ou votre pain de mie, mais vous préserverez à la fois votre santé et l’environnement – l’un n’allant pas sans l’autre, de toute façon.

N’oubliez pas également que plus les choses sont sues et plus vous consommez ‘avec conscience’, plus grand est votre pouvoir pour agir sur les processus décisionnels. J’imagine que la question de l’aluminium ne sera pas au cœur de la politique de notre cher Président, mais pourtant une proposition concrète est simple à mettre en œuvre : interdire l’utilisation des sels d’aluminium dans les produits agro-alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques.

En dernier recours, je vous conseille de vous tourner vers le ‘tout maison’ : en préparant vous-mêmes vos plats et en fabriquant vos propres cosmétiques, vous allégerez sacrément votre facture ‘aluminium’ !

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Pour aller plus loin :
– Un livre : Quand l’aluminium nous empoisonne, de Virgine Belle, 2012, chez Max Milo
– Un documentaire : Aluminium, notre poison quotidien, diffusé sur France 5 le 22/01/2012
– Quelques sites :
http://www.asef-asso.fr/ (Association Santé Environnement France)
http://www.ansm.sante.fr/ (le site de l’AFSSAPS – nouvellement ANSM)
http://www.invs.sante.fr/ (le site de l’Institut de Veille Sanitaire)

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J’espère que cet article vous aura informé !
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Et vous, traquez-vous la présence d’aluminium dans vos achats ?
N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires !